RDC/L’INVASION DE BUKAVU PAR LE M23: UN GOUVERNEMENT ABSENT, DES CIVILS SOUFFRANTS
Alors que les rebelles du M23 ont annoncé le dimanche 16 février dernier avoir pris le contrôle de Bukavu, ville stratégique du Sud-Kivu, une vague d’indignation et de désespoir submerge la population congolaise. Cette avancée marque un tournant dramatique dans un conflit qui dure depuis plus d’une décennie, exposant une fois de plus l’incapacité criante du gouvernement à protéger ses citoyens et à défendre l’intégrité territoriale du pays.
L’invasion de Bukavu a plongé des milliers de familles dans la panique. des civils paient le prix du sang pour des conflits qu’ils n’ont pas choisis. des habitants se sont soit réfugiés chez eux, soit ont quitté la ville pour fuir les combats. Des tirs sporadiques ont résonné dans les rues, et des rapports font état de pillages systématiques dans les commerces et institutions. Les organisations humanitaires, déjà débordées par une crise prolongée dans la région, alertent sur un risque de catastrophe humanitaire.
UN GOUVERNEMENT ABSENT, UNE LÉGITIMITÉ EN BERNE

Si le M23 porte une lourde responsabilité dans cette tragédie, la colère se dirige également vers Kinshasa. Malgré des promesses répétées de « sécurisation totale » de l’est du pays, le gouvernement du président Félix Tshisekedi semble impuissant, voire complaisant. Les Forces armées de la RDC, peinent à contenir l’avancée des rebelles. Pire, des rapports indépendants accusent certaines unités militaires de corruption, de désertion, ou de collusion passive avec des groupes armés. « Comment expliquer que des régions entières tombent aux mains de milices, malgré les milliards de dollars investis dans la défense ? », s’interroge un analyste politique congolais. La réponse réside peut-être dans le clientélisme et les divisions au sommet de l’État, où les priorités sécuritaires passent souvent après les calculs politiques. L’invasion de Bukavu par le M23 n’est pas seulement une défaite militaire ; c’est un symbole de la faillite d’un système qui abandonne son peuple. Le gouvernement congolais doit urgemment retrouver sa crédibilité en priorisant la protection des civils, en traquant les réseaux financiers des rebelles et en rompant avec l’impunité qui nourrit les conflits. La communauté internationale, quant à elle, doit passer des discours aux actes, en soutenant une justice transitionnelle et en sanctionnant les États complices.
La crise congolaise ne se résume pas à un enjeu local. Elle implique des acteurs régionaux, notamment le Rwanda, régulièrement accusé par Kinshasa de soutenir le M23 ce que Kigali nie fermement. Face à ces tensions géopolitiques, la communauté internationale reste étrangement timide. Les condamnations verbales des Nations unies ou de l’Union africaine ne suffisent plus. Les populations réclament des sanctions ciblées contre les commanditaires de ces violences et un renforcement urgent des mécanismes de protection. Depuis le 26 janvier, le bilan humain s’alourdit : plus de 3 000 morts, 2 880 blessés et plus de 500 000 déplacés, portant à 6,4 millions le nombre total de déplacés internes dans le pays, selon l’ONU. Le temps n’est plus aux excuses. Il est à l’action. Car chaque minute perdue se traduit par des vies brisées et un pays qui sombre un peu plus dans le chaos.
FABIOLA DOMBEU
