MAROC-UE: LE ROYAUME ENVISAGE LA RÉCIPROCITÉ MIGRATOIRE
Alors que les citoyens marocains doivent franchir un parcours semé d’embûches pour obtenir un visa vers l’espace Schengen, le Maroc étudie désormais l’instauration d’une obligation de visa pour les ressortissants européens. Une proposition portée par deux parlementaires, motivée par le principe de réciprocité, qui interroge sur l’équité des relations entre Rabat et Bruxelles. Une décision qualifiée de du berger à la bergère, visant à rééquilibrer des pratiques jugées asymétriques.

Depuis des années, les ressortissants africains à l’instar des Marocains sont soumis à des exigences strictes pour se rendre dans l’Union européenne. Allant des demandes de visas complexes, des justifications financières rigoureuses, aux taux de refus élevés plus de 136 000 en 2023 selon SchengenVisaInfo, et attentes interminables. À l’inverse, les Européens bénéficient d’un accès facilité au Maroc, avec une exemption de visa pour des séjours courts, renforçant une dynamique déséquilibrée.
Deux députés marocains ont récemment soumis une proposition au ministère des Affaires étrangères, suggérant d’imposer un visa aux citoyens européens. Cette initiative, encore en discussion, s’inscrit dans une logique de réponse aux restrictions européennes. Le Maroc, souverain sur son territoire, rappelle ainsi que la réciprocité est un pilier des relations internationales. Si l’Europe exige des garanties, le Maroc est en droit d’en faire de même.
Au-delà de la symbolique, cette mesure reflète une posture marocaine plus affirmée sur la scène internationale. Le royaume, dont l’influence géopolitique ne cesse de croître entend défendre ses intérêts et ceux de ses citoyens. En 2022, le Maroc a d’ailleurs suspendu sa collaboration avec l’Espagne sur les migrations, démontrant sa volonté de ne plus être un acteur passif.
Certains pourraient craindre que cette mesure n’affecte le tourisme européen au Maroc (près de 13 millions de visiteurs en 2023), secteur vital pour l’économie nationale. Cependant, les défenseurs du projet rétorquent qu’un visa marocain, s’il est simplifié et digitalisé, ne découragerait pas les voyageurs sérieux, tout en garantissant un traitement égalitaire. Par ailleurs, cette démarche pourrait inciter Bruxelles à revoir ses conditions d’octroi de visas pour les Marocains, ouvrant la voie à des négociations plus équilibrées.
En envisageant cette mesure, le Maroc ne fait pas qu’appliquer l’adage « œil pour œil, Dent pour dent». il interpelle l’Europe sur la nécessité d’un partenariat fondé sur le respect mutuel. Alors que Rabat joue un rôle central dans la lutte contre l’immigration irrégulière et la coopération sécuritaire, Bruxelles gagnerait à reconsidérer ses approches pour éviter une escalade contre-productive. La balle est désormais dans le camp de l’UE : acceptera-t-elle de discuter d’un accord gagnant-gagnant, ou persistera-t-elle dans une logique unilatérale ?
FABIOLA DOMBEU
