CÔTE D’IVOIRE : SIDIKI DIABATÉ ET L’HOMMAGE CONTROVERSÉ À ALASSANE OUATTARA

Le 18 octobre 2025, l’artiste malien Sidiki Diabaté se produira au Stade Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan pour un concert en hommage au président Alassane Ouattara. Cette initiative suscite des interrogations et des réactions dans un contexte politique déjà tendu, particulièrement à l’approche de la présidentielle du 25 octobre, où plusieurs figures de proue ont été écartées de la course.

La question qui taraude les esprits est : pourquoi Sidiki Diabaté choisit-il ce moment précis pour rendre hommage au président sortant ? La réponse semble complexe, car elle touche à des enjeux politiques et sociaux plus larges. En tant qu’artiste, Sidiki a le droit de se produire sur scène, mais le timing de cet hommage interroge la jeunesse ivoirienne, déjà préoccupée par la situation politique.

Derrière cette initiative, certains analystes voient une manœuvre calculée des cadres du RHDP (Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix). L’objectif serait de renforcer l’image du président Ouattara et de séduire un électorat de jeunes qui, après la mort de DJ Arafat, ont vu en Sidiki son ami un symbole de la loyauté sans faille au regard de sa déclaration de prise en charge de l’éducation et de l’encadrement de Raphna, la Benjamine du défunt, ce qui lui confère une adhésion populaire des fans de DJ Arafat reconvertis. Car faut-il le dire, ce révolutionnaire du coupé décalé, danse des jeunes ivoiriens, jouissait d’une popularité remarquable.

En effet, la proximité de Sidiki avec l’illustre DJ Arafat, décédé le 12 août 2019 des suites d’un accident de moto, pourrait jouer un rôle clé dans l’adhésion de la jeunesse au pouvoir en place. Sidiki Diabaté, fort d’une popularité immense et de plus de 5 millions de followers sur Facebook, représente une figure d’influence majeure pour des milliers de jeunes Ivoiriens qui suivront ce concert à venir. Lequel concert pourrait éventuellement être saisi comme tremplin de campagne pour les officines politiques organisatrices à l’origine.

Cependant, cette démarche n’est pas sans susciter des critiques. L’artiste ivoirien Debordo Leekunfa a vivement dénoncé cette initiative, soulignant qu’il est inconcevable qu’un artiste malien rende hommage à Ouattara alors que des figures comme le général Assimi Goïta, qui mènent des combats contre le néocolonialisme au Mali, mériteraient également d’être célébrées.

« Assimi Goïta a un combat. Et ce combat c’est de rehausser l’image de l’Afrique. C’est le réveil de l’Afrique. Ce monsieur il n’est pas là pour rien. Tu ne l’as pas rendu hommage. Des soldats meurent au Mali rien que pour maintenir [ le pays, Ndlr], rien que pour la souveraineté. Comme par hasard tu ne viens pas faire des hommages là-bas. Mais tu veux faire hommage au président Alassane Ouattara  » asséné l’artiste ivoirien dans un live face surabondamment partagé. Dans le même temps, il s’interroge quand au timing de cette initiative en se demandant « Est-ce que c’est le moment ? » Avant de renchérir par un message au pays frère le Mali : »Très chers maliens, là où je suis en train de parler, il y’a des malien qui meurent au désert, mais ça n’inquiètent pas Sidiki Diabaté. Parce dans le précédent régime, il mangeait là-bas. « 

Cette critique met en lumière le besoin d’une conscience politique plus aiguisée parmi les artistes, qui ne devraient pas ignorer les luttes fondamentales de leurs voisins. Qu’une initiative intéressée pourrait mettre du feu aux poudres dans un contexte où les citoyens originaires cherchent à se calmer au vu des facteurs qui exacerbent les tensions entre les élites politiques.

Le concert de Sidiki Diabaté, prévu à moins d’une semaine du scrutin, est perçu par certains comme une tentative de détourner l’attention de la jeunesse ivoirienne des véritables enjeux politiques. À l’heure où la Côte d’Ivoire doit éviter de revivre les tragédies des années 2000, 2004, 2010 et 2011, il est crucial que le pays reste focalisé sur la stabilité politique et la conscientisation des citoyens.

En somme, cet hommage musical, qu’il soit sincère ou orchestré, interpelle sur la nécessité d’une réflexion plus profonde sur le rôle des artistes dans les dynamiques politiques africaines. Il est essentiel que la jeunesse ivoirienne ne se laisse pas distraire par des événements qui pourraient masquer des enjeux cruciaux pour l’avenir du pays.

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