Dondra, entre Kinshasa et Bangui : le flou autour d’une candidature présidentielle
Dossier d’investigation à fondement juridique
Rédigé par Aymard Guinon pour Panafrican TV Média – Octobre 2025
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Introduction
À l’approche des élections présidentielles prévues en République centrafricaine, la scène politique s’anime. Certaines figures reviennent au premier plan, d’autres cherchent encore leur place.
Parmi elles, Henri-Marie Dondra, ancien Premier ministre, concentre l’attention. Son parcours économique est salué, mais certaines données biographiques posent question.
Un document de 2015 du Fonds Africain de Garantie et de Coopération Économique (FAGACE) le présente comme né le 14 août 1966 à Kinshasa, en République démocratique du Congo. D’autres sources, plus récentes, le rattachent à Bangui.
Entre les lignes, une tension : d’où vient réellement l’homme politique que certains voient déjà en prétendant à la magistrature suprême ?
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I. Données biographiques et sources contradictoires

Le communiqué du FAGACE, publié le 4 juin 2015, précise : « M. Henri-Marie Dondra, originaire de la République centrafricaine, est né le 14 août 1966 à Kinshasa, République Démocratique du Congo. »
D’autres sources publiques — notices gouvernementales, profils officiels ou biographiques — indiquent Bangui comme lieu de naissance.
Cette divergence n’est pas qu’un détail. En République centrafricaine, le lieu de naissance et la filiation peuvent influencer la reconnaissance de l’origine, condition clé pour accéder à la présidence.
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II. Cadre juridique : les conditions d’éligibilité à la présidence

L’article 107 de la Constitution du 30 août 2023 fixe plusieurs critères :
1. Être centrafricain d’origine, né de père et de mère eux-mêmes centrafricains.
2. N’avoir jamais possédé une autre nationalité.
3. Être âgé d’au moins trente-cinq ans.
4. Jouir de ses droits civils et politiques.
5. Résider en République centrafricaine depuis au moins deux années consécutives au moment du dépôt de candidature.
6. Être propriétaire d’un bien immobilier bâti sur le territoire national.
Ces exigences visent à consolider le lien entre le chef de l’État et la nation.
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III. Lecture juridique et points d’ambiguïté
1. Sur le lieu de naissance : la naissance à l’étranger ne prive pas d’origine centrafricaine, si les deux parents sont centrafricains. Cependant, la preuve de l’acte de naissance et de la filiation devient indispensable.
2. Sur la nationalité : la Constitution de 2023 interdit d’avoir possédé une autre nationalité. L’absence de preuve d’une double nationalité préserve l’éligibilité, mais le moindre doute appelle vérification.
3. Sur la résidence : il faut justifier deux années consécutives de résidence sur le territoire national.
4. Sur la propriété : le candidat doit détenir un bien immobilier en Centrafrique, condition destinée à renforcer son ancrage territorial.
5. Sur la preuve : le Conseil constitutionnel est la seule autorité compétente pour valider ou rejeter une candidature sur la base de ces critères.
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IV. Parcours au sein du FAGACE

Henri-Marie Dondra intègre le FAGACE en 1997.
De 2002 à 2005, il est directeur financier et comptable.
De 2006 à 2007, il devient directeur de la promotion du commerce international.
En 2008 et 2009, il occupe le poste de représentant régional pour l’Afrique centrale.
En 2009, il est nommé directeur général, fonction qu’il conserve après son renouvellement en 2015.
Le communiqué évoque des réformes opérationnelles et administratives, une augmentation du capital du Fonds et l’adhésion de nouveaux États membres.
Ces réalisations le propulsent sur la scène économique centrafricaine avant son entrée dans le gouvernement.
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V. Points à investiguer
Plusieurs questions méritent d’être explorées :
• Le lieu exact de naissance mentionné dans les registres officiels.
• L’existence ou non d’une autre nationalité dans son parcours.
• La continuité de sa résidence en Centrafrique sur les deux dernières années.
• La détention d’un bien immobilier conforme à la Constitution.
• Le niveau de diplôme ou de formation invoqué pour sa candidature.
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VI. Références principales
Constitution de la République centrafricaine – version promulguée le 30 août 2023 (articles 106 à 111).
Code électoral centrafricain, Loi n°19-0011 du 20 août 2019.
Communiqué officiel du FAGACE, 4 juin 2015.
Financial Afrik, « Henri-Marie Dondra rempile à la tête du FAGACE », 7 juin 2015.
Rapport EISA sur les élections centrafricaines, 2016.
Digithèque MJP / Université de Perpignan – Textes constitutionnels centrafricains de 2016 et 2023.
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VII. Synthèse juridique
Les critères constitutionnels exigent la nationalité d’origine, l’absence de double nationalité, une résidence de deux ans, une propriété bâtie sur le territoire et un âge minimal de 35 ans.
Selon les sources disponibles :
• Henri-Marie Dondra est reconnu centrafricain d’origine.
• Le lieu de naissance varie entre Kinshasa et Bangui.
• Aucune autre nationalité n’est connue.
• L’âge et la résidence semblent conformes.
• Les preuves de propriété et de filiation restent à documenter.
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VIII. Conclusion

L’affaire du lieu de naissance de Dondra met en lumière un enjeu plus vaste : celui de la précision juridique et de la transparence politique.
Le communiqué du FAGACE, bien que daté, introduit une donnée biographique qui mérite d’être clarifiée avant tout débat électoral.
Les contradictions entre sources invitent à une vérification officielle, non pour disqualifier, mais pour assainir le climat politique.
Dans un pays où la confiance institutionnelle reste fragile, chaque détail administratif peut devenir un test de crédibilité nationale.
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IX. Note d’auteur – par Aymard Guinon
Ce dossier n’est pas une attaque, mais une lecture lucide des faits.
Les papiers officiels racontent parfois plus que les discours.
Entre Kinshasa et Bangui, il y a moins une distance géographique qu’un symbole : celui des doubles appartenances, des loyautés croisées, et de l’histoire partagée d’un peuple et de ses élites.
La République centrafricaine a besoin de leaders transparents, pas parfaits, mais traçables.
Et dans cette exigence de clarté, chaque citoyen, chaque journaliste, chaque juge a une part de responsabilité.
L’avenir du pays dépend autant des bulletins de vote que des actes de naissance.
