Le Tribunal de Bangui annule le certificat de nationalité d’Anicet Georges Dologuélé : un tournant majeur à deux mois de la présidentielle

À Bangui, la justice vient de trancher sur une affaire aux répercussions politiques immédiates.
Dans une ordonnance rendue le 16 octobre 2025, le Tribunal de Grande Instance de Bangui, sous la présidence du magistrat Okacha Alamine, a annulé le certificat de nationalité centrafricaine de l’ancien Premier ministre Anicet Georges Dologuélé.

Cette décision intervient à un moment crucial, alors que la République centrafricaine entre dans la phase décisive de la campagne présidentielle prévue pour décembre 2025.

Un acte judiciaire fondé sur la loi de 1961

Saisi par Guy Martial Damanguère, Procureur de la République, le tribunal a examiné la légalité du certificat de nationalité n°9569 délivré à Dologuélé en 2012.
Selon l’ordonnance, l’ancien banquier aurait perdu automatiquement sa nationalité centrafricaine dès 1994, année où il a acquis la nationalité française.

L’article 46 du Code de la nationalité centrafricaine stipule :

« Perd la nationalité centrafricaine, le Centrafricain majeur qui acquiert volontairement une nationalité étrangère ou qui déclare reconnaître une telle nationalité. »

Le tribunal estime donc que le certificat délivré treize ans plus tard, en 2012, a été obtenu en violation de la loi, Dologuélé n’ayant pas entrepris la procédure de réintégration prévue par les articles 32 et suivants du même code.

Une requête portée par le ministère public

Le procureur Damanguère, agissant au nom de l’État, a demandé au tribunal de constater cette perte de nationalité et d’ordonner la nullité du certificat délivré.
Le magistrat instructeur a rappelé que seul le Procureur de la République est habilité à défendre l’État en matière de nationalité, et que la requête déposée le 15 octobre 2025 était régulière en la forme et justifiée au fond.

Dans sa conclusion, le tribunal déclare :

« Le certificat de nationalité délivré le 10 octobre 2012 à Anicet Georges Dologuélé est nul et de nul effet. »

Une décision à portée politique

L’impact politique de cette ordonnance dépasse le simple plan juridique.
Anicet Georges Dologuélé, candidat déclaré à la prochaine présidentielle, voit désormais sa nationalité centrafricaine officiellement révoquée, ce qui remet en question son éligibilité.

La Constitution exige en effet que tout candidat à la magistrature suprême soit de nationalité centrafricaine exclusive.
Certains observateurs y voient une manœuvre juridique d’élimination politique, d’autres saluent au contraire le retour au strict respect de la loi.
Dans les deux cas, cette décision marque un tournant dans la dynamique préélectorale.

Une affaire qui ravive le débat sur la double nationalité

Au-delà du cas Dologuélé, cette ordonnance rouvre un vieux débat : celui de la double nationalité, tolérée dans les faits mais encore juridiquement proscrite en Centrafrique.
Plusieurs personnalités publiques, qu’elles soient du pouvoir ou de l’opposition, sont également concernées.
Cette décision pourrait donc créer un précédent lourd de conséquences pour la classe politique nationale.

En attendant la riposte

À ce jour, Anicet Georges Dologuélé n’a pas réagi publiquement à cette décision.
Ses proches la jugent « politique », tandis que des voix proches du pouvoir assurent que « la loi s’applique à tous, sans exception ».
La bataille pourrait désormais se déplacer sur le terrain du Conseil constitutionnel, seul habilité à valider les candidatures à la présidentielle.

Conclusion

Cette ordonnance du Tribunal de Grande Instance de Bangui n’est pas un simple acte administratif.
Elle s’impose comme un signal fort de l’appareil judiciaire au moment où le pays s’apprête à choisir son futur président.
Entre droit et stratégie politique, le feuilleton Dologuélé ne fait sans doute que commencer.

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