RCA – FMI : le pétrole, la transparence et la bataille des chiffres

Par Aymard Guinon – Panafrican TV Média

Un partenariat sous condition

La République centrafricaine demeure sous programme de Facilité élargie de crédit (FEC) avec le Fonds monétaire international (FMI). Les troisième et quatrième revues de ce programme ont été validées le 4 juin 2025, confirmant la poursuite du partenariat. Mais derrière cette continuité, le FMI attend de Bangui des efforts structurels : réduction du déficit budgétaire, élargissement de l’assiette fiscale et transparence accrue dans la gestion des produits pétroliers. La dernière mission du Fonds s’est achevée à Bangui le 8 octobre 2025, avant la reprise des discussions lors des Assemblées annuelles à Washington. Le ton reste constructif, mais la confiance du FMI dépend désormais d’un mot : clarté.

Le pétrole, maillon fragile de l’économie

Le FMI ne remet pas en cause la volonté politique du gouvernement, mais il s’inquiète des zones d’ombre persistantes autour du secteur pétrolier. Selon plusieurs sources, des prélèvements de quelques francs par litre — parfois 10, 15 ou 25 FCFA — continueraient d’échapper aux circuits officiels. Des montants faibles en apparence, mais significatifs à l’échelle nationale. Ces flux non maîtrisés entretiennent un écart entre le coût d’importation (autour de 450 FCFA par litre) et les prix à la pompe actuellement pratiqués : Essence (Super 95) : environ 1 050 FCFA/litre, Gasoil (Diesel) : environ 1 300 FCFA/litre, Pétrole lampant : autour de 700 FCFA/litre. Le FMI estime qu’une partie de cette différence pourrait être réduite si les coûts logistiques et administratifs étaient mieux détaillés.

Le corridor Douala–Bangui : un passage à coût élevé

Pour comprendre cette inflation, il faut suivre le parcours du litre de carburant. La RCA, sans façade maritime, dépend entièrement du port de Douala au Cameroun pour l’importation. Ce rôle de pays de transit ajoute une succession de coûts logistiques et administratifs. Le prix final d’un litre à Bangui comprend : Prix à la raffinerie + coût maritime + assurance + taxes camerounaises + frais portuaires et de déchargement + transit + transport terrestre (et ses frais informels) + assurance transport + taxes centrafricaines + marge de l’importateur + stockage à Kolongo + transport vers les stations + marges des distributeurs + taxes locales et environnementales. Cette chaîne de coûts sur deux pays et plus de 1 400 km de route explique la flambée des prix, sans forcément impliquer une volonté de surfacturation.

Le FMI exige la transparence

Le FMI ne demande pas une baisse artificielle des prix, mais une explication chiffrée. Il réclame la ventilation complète des coûts du carburant — du port à la pompe — afin de clore la revue du programme FEC et d’autoriser le décaissement des Droits de tirage spéciaux (DTS). De son côté, le gouvernement centrafricain met en avant les progrès réalisés : la stabilisation des prix malgré la hausse mondiale, la révision des exonérations héritées de Total, et le maintien d’un système de taxation permettant de soutenir les recettes publiques.

Une économie en mutation

Avec un budget national réévalué à 439,9 milliards de francs CFA, la RCA commence à renforcer sa capacité d’investissement et de gestion interne. Mais pour le FMI, la transparence financière reste un critère déterminant de crédibilité. Tant que la chaîne pétrolière ne sera pas auditée et publiée dans son intégralité, les financements resteront conditionnels.

Une exigence politique autant qu’économique

Le FMI ne sanctionne pas la République centrafricaine ; il évalue sa maturité institutionnelle. Derrière les chiffres, c’est la volonté de réforme qui est observée. Le capital le plus rare, ce n’est pas l’argent. C’est la confiance. Et cette confiance, en 2025, se mesure désormais au prix du litre.

En chiffres clés (2025) :

  • Programme FMI : Facilité élargie de crédit (FEC)
  • Revues validées : 3e & 4e – 4 juin 2025
  • Mission FMI à Bangui : 8 octobre 2025
  • Budget national RCA : ≈ 439,9 milliards FCFA
  • Coût d’un litre importé : ≈ 450 FCFA
  • Prix à la pompe : Essence ≈ 1 050 FCFA | Gasoil ≈ 1 300 FCFA | Pétrole lampant ≈ 700 FCFA
  • Prélèvements parallèles : Quelques francs par litre (10 à 25 FCFA)
  • Objectif FMI : Transparence, élargissement fiscal, réduction du déficit

Analyse CAP2030 – Lecture prospective : vers un scénario 2026

Si la transparence pétrolière n’est pas pleinement rétablie d’ici mi-2026, trois scénarios se dessinent :

  1. Suspension partielle du programme FEC : gel des décaissements et contraction budgétaire.
  2. Révision structurelle : création d’un guichet unique public pour la filière pétrolière.
  3. Déconnexion graduelle : recours à d’autres partenaires (BRICS, Chine), mais à des conditions plus onéreuses.

Selon CAP2030, « Le FMI ne teste pas la comptabilité de la RCA, il teste sa volonté de se réformer. »

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