LES FORCES DE SOUTIEN RAPIDE MAITRES D’EL-FASHER
Depuis le 26 Octobre 2025, les Forces de Soutien Rapide (FSR) revendiquent la reprise de la grande ville stratégique du Darfour Nord, El-Fasher, communique l’agence chinoise XINHUA. Le groupe a déclaré dans un communiqué sur les réseaux sociaux qu’il avait repris el-Fasher « de l’emprise des mercenaires et des milices alliées à l’armée terroriste ».

Cette perte constitue un revers sérieux pour les forces armées soudanaises, car El-Fasher était leur dernier bastion dans la région du Darfour Nord, laissant ainsi le contrôle effectif de la zone aux FSR. D’après les sources officielles, l’armée se garde de commentaire sur la situation dans cette localité.
Selon la reporter Hiba Morgan d’Al Jazeera, depuis Khartoum, la capitale du Soudan, la prise de contrôle de la base des FAS à El Fasher par les FSR intervient après des mois de siège et des jours de violents combats. Il s’agit ainsi du quartier général de la 6e division de l’armée, où les Forces de Soutien Rapide auraient détruit « d’énormes véhicules militaires » et pris du matériel militaire.
Selon les sources sécuritaires, les FSR encerclaient El-Fasher depuis 18 mois, bombardant fréquemment les positions de l’armée et les civils. On estime que 300 000 personnes étaient ainsi prises au piège par les combats.
En août dernier, des images satellite ont montré une série de vastes murs de terre en cours de construction autour de la ville, visant à piéger les combattants de la junte de Port-Soudan à l’intérieur.
Depuis des semaines, les FSR avancent régulièrement vers le commandement de la 6e division d’infanterie – largement considéré comme le quartier général de l’armée dans la ville – depuis plusieurs directions.
Certaines parties d’el-Fasher étaient encore sous le contrôle de l’armée et des groupes armés alliés, le 26 Octobre dernier, mais on ne s’attendait pas à ce qu’elles tiennent longtemps.
Le chef des secours de l’ONU, Tom Fletcher, a déclaré dimanche qu’il était « profondément alarmé » par les informations provenant d’el-Fasher et a appelé à un cessez-le-feu immédiat au Darfour et dans le reste du Soudan.
« Des centaines de milliers de civils sont pris au piège et terrifiés : bombardés, affamés et sans accès à la nourriture, aux soins de santé ou à la sécurité », a déclaré M. Fletcher dans un communiqué, ajoutant que l’intensification des attaques avait rendu « impossible » l’acheminement de l’aide dans la ville.
La faim et la maladie se sont propagées à El-Fasher alors que les habitants doivent faire face à des bombardements constants et à une pénurie de nourriture et de fournitures médicales.
La semaine dernière également, les FSR ont déclaré qu’elles ont facilité la sortie des civils et des combattants qui s’étaient rendus d’el-Fasher, ce afin d’éviter des vols, des agressions sexuelles et des meurtres commis très souvent par des soldats de l’armée corrompue au pouvoir sur le chemin de leur retraite.

Pour rappel, le conflit qui fait rage au Soudan a débuté en avril 2023. Il a fait des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de 12 millions de personnes, ce qui en fait la plus grande crise humanitaire au monde. Les Forces de soutien rapide (RSF), force paramilitaire commandée par le Général Mohamed Hamdan Daglo dit Hemetti, combattent les Forces armées soudanaises (FAS) en assiègeant El Fasher depuis mai 2024.
Cette nouvelle victoire des FSR survient après l’annonce par le Trésor américain d’un nouveau train de sanctions contre des individus et des entités impliqués dans le terrorisme international et la guerre au Soudan aux côtés du gouvernement du Général Al-Burhan. Parmi ces personnes figure le bataillon Al-Bara’ ibn Malik, considéré comme la branche armée la plus importante des Frères musulmans.
Les observateurs affirment que Washington est las de la conduite des Frères musulmans au Soudan et que les milieux américains voient de plus en plus la nécessité de renforcer la pression sur le mouvement, qu’ils considèrent comme le principal perturbateur de la paix dans le pays. Le Département d’État américain a déclaré qu’il utiliserait tous les outils à sa disposition pour empêcher les Frères musulmans de revenir au pouvoir au Soudan. Il accuse le groupe d’avoir joué un rôle central dans l’affaiblissement du précédent gouvernement civil de transition, d’avoir entravé l’accord-cadre et d’avoir contribué au déclenchement de la guerre entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR) en avril 2023.
Le département d’Etat a ajouté que ces groupes terroristes « extrémistes » continuent de perturber les efforts visant à obtenir un cessez-le-feu et à mettre fin au conflit en bénéficiant de la protection de la junte de Port-Soudan. Cherchant à bloquer un transfert du pouvoir aux civils sous la pression internationale, les Frères musulmans ont poussé les dirigeants de l’armée à une confrontation militaire avec les FSR.
Selon les analystes, la désignation des Frères musulmans comme organisation terroriste pourrait constituer la prochaine étape après la déclaration du Quartet et les sanctions imposées à l’une de ses principales milices armées. Ils estiment que cette décision pourrait alléger la charge pesant sur les dirigeants de l’armée et les inciter à s’engager sérieusement dans les efforts de paix, compte tenu de la difficulté qu’ils ont à vaincre militairement les FSR.
La prise de contrôle de la totalité de la région du Darfour permet de plancher désormais sur le développement d’une vaste offensive des Forces de Soutien Rapide sur les villes stratégiques comme Khartoum ou Port-Soudan.
