Nucléaire civil en République centrafricaine : l’hypothèse d’un partenariat avec la Russie, une première en Afrique centrale ?
Par Aymard Guinon – Panafrican TV Media
La question de la souveraineté énergétique s’impose progressivement comme l’un des défis majeurs du développement économique en Afrique. Pour la République centrafricaine, dont la production électrique demeure limitée et fortement dépendante de l’hydroélectricité, la recherche de solutions structurelles devient incontournable.

Dans ce contexte, une hypothèse commence à émerger dans les milieux stratégiques : la possibilité d’un programme nucléaire civil en partenariat avec la Russie, qui constituerait une première en Afrique centrale.
Au cœur de cette réflexion se trouve un site qui attire désormais l’attention des techniciens et observateurs : Mongoumba, dans la préfecture de la Lobaye, au bord du fleuve Oubangui.
Mongoumba : un site techniquement compatible avec une infrastructure nucléaire

Située à environ 180 kilomètres au sud-ouest de Bangui, la localité de Mongoumba présente plusieurs caractéristiques géographiques qui correspondent aux critères généralement recherchés pour l’implantation d’une centrale nucléaire.
- Accès direct à une ressource hydrique majeure
Les centrales nucléaires nécessitent un système de refroidissement puissant et stable.
Le fleuve Oubangui pourrait remplir plusieurs fonctions :
• refroidissement du circuit secondaire
• stabilisation thermique du système
• alimentation des installations industrielles.
Pour un réacteur nucléaire de moyenne puissance, les besoins peuvent atteindre :
20 000 à 40 000 m³ d’eau par heure.
La présence immédiate du fleuve constitue donc un atout technique majeur.
- Une zone foncière adaptée

Les centrales nucléaires nécessitent un périmètre industriel important afin d’intégrer :
• le bâtiment réacteur
• les turbines et générateurs
• les systèmes de refroidissement
• les zones de sécurité
• les postes de transformation électrique.
Une centrale moderne nécessite généralement :
150 à 300 hectares de surface sécurisée.
Les observations de terrain montrent que la zone de Mongoumba dispose d’un espace relativement dégagé et faiblement urbanisé, compatible avec ces exigences.
Le modèle technologique envisagé : les petits réacteurs modulaires
La nouvelle génération de centrales nucléaires s’oriente vers les Small Modular Reactors (SMR).
Ces réacteurs présentent plusieurs avantages pour les pays émergents :
• puissance flexible
• coûts d’investissement réduits
• délais de construction plus courts
• sûreté renforcée.
La puissance typique d’un SMR se situe entre :
50 et 300 MW.
Une centrale de 300 MW pourrait :
• alimenter Bangui
• électrifier plusieurs préfectures
• soutenir l’industrialisation du pays.
L’approche russe : un partenaire technologique clé
La Russie est aujourd’hui l’un des principaux acteurs mondiaux dans le domaine du nucléaire civil, à travers la société d’État Rosatom.
Ce groupe développe et exploite des centrales nucléaires dans plusieurs régions du monde, notamment en Europe, au Moyen-Orient et en Asie.
Le modèle proposé par la Russie repose généralement sur :
• construction de la centrale
• financement partiel du projet
• formation des ingénieurs locaux
• transfert progressif de compétences.
Une coopération de ce type pourrait permettre à la République centrafricaine de franchir une étape majeure dans son développement énergétique.
Un projet inédit pour l’Afrique centrale
Si un tel partenariat devait se concrétiser, la République centrafricaine deviendrait :
le premier pays d’Afrique centrale à développer un programme nucléaire civil.
Aujourd’hui, les programmes nucléaires africains restent limités à quelques pays :
• South Africa avec la centrale de Koeberg
• Egypt avec la centrale d’El Dabaa en construction.
L’émergence d’un projet nucléaire en Afrique centrale constituerait donc un tournant stratégique pour la région.
Les conditions indispensables
Un programme nucléaire civil nécessite toutefois plusieurs prérequis fondamentaux :
• création d’une autorité nationale de sûreté nucléaire
• adoption d’un cadre juridique spécifique
• formation d’ingénieurs spécialisés
• développement d’un réseau électrique national robuste.
Ces exigences sont encadrées au niveau international par l’International Atomic Energy Agency.
Le développement complet d’un programme nucléaire s’étend généralement sur 10 à 15 ans.
Mongoumba : simple reconnaissance ou vision stratégique ?
À ce stade, aucune communication officielle ne confirme qu’un projet nucléaire soit envisagé à Mongoumba. Toutefois, les caractéristiques techniques du site, combinées à l’évolution des partenariats énergétiques internationaux, alimentent naturellement les interrogations.
La véritable question qui se pose aujourd’hui est la suivante :
la République centrafricaine souhaite-t-elle se positionner dès maintenant sur les technologies énergétiques du futur afin de garantir son indépendance énergétique pour les générations à venir ?
Si cette ambition devait se concrétiser, Mongoumba pourrait bien devenir l’un des sites stratégiques de la transformation énergétique de l’Afrique centrale.
