Lutte d’influence en Afrique: Quand Paris avoue son échec
Dans un contexte de confrontation géopolitique des grandes puissances en Afrique, La France ne compte pas lâcher du LEST. C’est ce qui ressort d’un discours de sa ministre des affaires étrangères mardi devant le sénat.
Catherine Colonna croit avoir cerné la nouvelle Afrique et les motivations de sa jeunesse qui n’entend plus se laisser dominer par une France à l’agonie. Face aux sénateurs français mardi soir, la ministre des affaires étrangères a déclaré que son pays entend rester un « partenaire pertinent » en Afrique malgré les « discours anti-français ».
La cheffe de la diplomatie française a rappelé la volonté de la France « de bâtir une relation nouvelle, équilibrée, réciproque » avec les pays d’Afrique. Un discours qui rappelle celui de François Hollande en 2013 et avant lui, Nicolas Sarkozy en 2007.
Mais comme a son habitude, l’empire qui ne veut pas mourir trouve toujours des boucs émissaires à son malheur. En lieu et place d’une introspection, la ministre hexagonale estime que des discours anti-français sont distillés sur le continent. Ces discours « sont pour partie liés à l’héritage de l’histoire, pour partie aux frustrations de la jeunesse, pour partie aussi à des entreprises hostiles, venant notamment de la Russie », a-t-elle estimé.
L’Afrique est au cœur de luttes d’influences internationales qui ont redoublé depuis le lancement de l’opération militaire spéciale russe en Ukraine, en février 2022. Cette opération a de nouveau créer un rapprochement entre Moscou et plusieurs capitales africaines. La Russie a multiplié ces dernières années les initiatives sur le continent, visant à se poser comme alternative aux anciennes puissances coloniales. Et le résultat est perceptible, en comparaison à la relation paternaliste qui a toujours liée la France à ses anciennes colonies.
« Rien n’est plus faux, et depuis longtemps » que de penser que les relations entre la France et ses partenaires africains vont de soi dans un monde « toujours plus concurrentiel », constate amèrement la ministre des affaires étrangères devant les sénateurs. « Avec une participation toujours plus importante du continent dans l’économie mondiale, ce sont des marchés à consolider ou à investir pour nos entreprises », a-t-elle poursuivi.
De son côté, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a relevé qu’au fil du temps, les pays africains avaient « décidé de diversifier leurs partenariats » et de les « mettre en concurrence » y compris sur le plan de la défense. Il a par ailleurs plaidé pour « une approche plus transparente des missions » des bases françaises, et dit sa volonté d’accueillir beaucoup plus d’élèves officiers ou sous-officiers en France.
Alors que la population du continent africain, qui compte déjà plus 1,1 milliard d’habitants, devrait doubler d’ici 2050 selon les Nations Unies, la jeunesse africaine a lancé un défi à la France: « celui de se renouveler, de changer sa manière de faire », en espérant qu’il ne se fait pas tard pour une place dans le car qui part.
