AFRIQUE/SOMMET DE L’UA: LE TCHAD EXHORTE LA RÉINTÉGRATION DES ÉTATS DE L’AES AU SEIN DE LA COMMISSION AFRICAINE
Le président tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno, a récemment appelé à la réintégration des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) dont Mali, Burkina Faso et Niger au sein de l’Union africaine (UA). Cet appel, lancé lors de la 38e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA) tenue samedi 15 février dernier à Addis-Abeba, relance le débat sur l’équilibre entre sanctions politiques et impératifs sécuritaires dans une région en proie à une crise multiforme.

En rappel, les trois États de l’AES ont été suspendus par l’UA suite à des coups d’État militaires survenus entre 2020 et 2023. Ces suspensions s’inscrivent dans la dite tradition de l’organisation de condamner les changements anticonstitutionnels de gouvernement. Cependant, les présidents au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey justifient leur prise de pouvoir par l’incapacité des régimes précédents à endiguer l’insécurité, la souveraineté et la corruption. Depuis, ces pays ont renforcé leur coopération via l’AES, signé un pacte de défense commune, et pris leurs distances avec la CEDEAO et certains partenaires traditionnels comme la France, se rapprochant de la Russie.
Dans son plaidoyer, le président Déby Itno a souligné que l’exclusion de ces pays « affaiblit la lutte contre le terrorisme et prive l’UA d’acteurs clés dans la stabilisation du Sahel ». Le Tchad, lui-même dirigé par une transition militaire depuis 2021, mise sur une approche pragmatique. N’Djamena, confronté à des défis sécuritaires similaires, craint l’effet domino des groupes jihadistes et les conséquences humanitaires d’un isolement prolongé de ses voisins.

Le discours du président Déby a été accueilli avec intérêt par les dirigeants africains présents, qui ont salué son engagement envers l’unité et la souveraineté énergétique. En réintégrant les États de l’AES à l’UA, l’Afrique peut prendre un pas significatif vers une gestion plus efficace de ses ressources et une coopération renforcée. C’est un moment crucial pour le continent, qui doit saisir cette opportunité pour bâtir un avenir prospère et indépendant. Les pays de l’AES, eux, conditionnent tout dialogue à une reconnaissance de leur souveraineté.
Le président tchadien, en jouant les médiateurs, tente peut-être de préserver l’unité africaine face à une crise sans précédent. Reste à savoir si le nouveau bureau de l’UA saura transformer cette crise en opportunité de réforme, en liant réengagement et dialogue sur l’actuelle politique.
FABIOLA DOMBEU
