RDC / CRISE SÉCURITAIRE : KABILA SE PRÉSENTE EN REDEMPTEUR À GOMA.

Au plus fort de la crise sécuritaire en République démocratique du Congo, l’ancien président Joseph Kabila Kabange, a présidé, le 29 mai dernier une réunion à laquelle étaient conviés les chefs religieux dans la ville de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, un mois après son arrivée discrète dans cette ville stratégique de l’Est du pays. Première apparition publique depuis son retour, l’initiative de cette rencontre est déjà diversement appréciée parmi la population et surtout par les analyses politiques. Dans les chaumières, Kabila est l’unique pièce de puzzle qu’il faut pour un retour au calme pour certains. Il organise un bal de thuriféraires, personne n’est dupe pour d’autres.

Cette une situation interpelle au plus haut niveau le régime de Kinshasa avec un Tshisekedi qui semble déjà très essoufflé par sa politique sécuritaire dans le pays et cherchant des stratégies evidentes pour faire taire les armes afin que les congolais puissent vivre avec la quiétude. Aussi, une partie de la population crie à l’agonie d’une peur des regains des tensions. Fallait-il s’y attendre au moment où les énergies doivent être conservées, consolidées et dirigées vers la résolution de la situation plus que jamais préoccupante ? Où les cadors et les apparatchiks du pouvoir de Kinshasa jouxtent les terrains juteux pour non seulement se faire une meilleure santé financière, mais aussi un positionnement politique ? C’est le peuple qui fait les frais.

Après son comeback, qui fait d’ailleurs couler beaucoup d’encres et de salives dans le pays et même au-delà des frontières, Joseph Kabila Kabange, qui aura passé presque trois ans hors de la RDC a reçu, hier dans la ville de Goma des responsables religieux, selon lui pour peaufiner des voix d’une sortie de crise, de mettre sur pied des stratégies de pacification du pays ou mieux l’instauration d’un dialogue politique. Une rencontre qui a suscité de vives réactions au sein de la classe politique. Elle intervient juste après son discours choc contre le régime de Kinshasa. A en croire cet homme politique qui aura passé 18 années à la magistrature congolaise avant l’arrivée de Tshisekedi, son retour au pays s’est inscrit dans une logique de la solution à situation socio-politique et sécuritaire de la RDC en totale déliquescence. Il croit alors dur comme fer que l’héritage qu’il a laissé entre les mains de Félix Tshisekedi tombe peu à Alors que l’opinion estime que Kabila constitue un danger permanent depuis son retour, et que son déploiement sans gêne partout où bon lui semble participera à enliser les prestations d’armes des rebelles du M23 avec la complicité du Rwanda. Cette partie de la population assiste donc médusées à l’indifférence des pouvoirs publics.

Une rencontre plutôt satisfaisante pour les chefs religieux

Le choix des religieux pour sa première sortie en public n’est pas anodin. Tout est calculé au millimètre près par Kabila et son équipe. Car le clergé constitue à n’en point douter une oreille attentive qui puisse écouter tout le monde sans la moindre contrepartie apparente. Aussi, il est si facile de passer par les religieux pour espérer obtenir quelques mansuétudes de la part des ouailles qui sont réparties maximalement dans tout le pays. En effet, l’appréhension des responsables religieux après cette rencontre n’est pas aux antipodes des attentes de l’initiateur, même si elles tranchent avec les désidératas de nombreux congolais.

« En tant que leaders religieux, nous lui avons dit de jouer le rôle d’arbitre pour que la paix revienne parce que pendant 18 ans, il a construit tant de choses que nous ne pouvons pas ignorer. Il a tout fait pour réunifier ce pays. Ce que nous demandons, en tant que chefs religieux, c’est le retour de la paix et rien que la paix. » a déclaré l’évêque Joël Amurani président de la plateforme des confessions religieuses du Nord-Kivu à l’issue de la rencontre. Le chef religieux, dans son propos souligne que Joseph Kabila est celui par qui la RDC peu recouvrer le sourire à de par son rôle d’arbitre qui devra jouer.

 

 

Le crépitement d’armes en attendant l’accalmie.

Sur le chaudron de la crise, il est important de souligner qu’à Goma, les combats entre l’armée congolaise et les rebelles du M23 s’intensifient jours après jour alors que les appels à la trêve se font chers. C’est dans ce contexte tumultueux que Kabila a rencontré avec sérénité des chefs religieux congolais. Mais comment va-t-il donc parvenir à faire déposer les armes et à démobiliser les rebelles visiblement à la solde du M23, et dont lui-même est accusé d’être un support incontournable ? Va-t-il rencontrer les miliciens en vue d’obtenir leur accord de cessez-le-feu ? Si oui, en quelle qualité le ferait-il, surtout au devant du gouvernement de Kinshasa qui techniquement et stratégiquement est mieux aguerri que lui? Sont-ce là des questions qui méritent d’être posées avec acuité.

La levée des immunités de sénateur de Kabila

Dans le sillage de cette crise secouant le pays, la plus haute chambre du parlement de la RDC a levé l’immunité de Joseph Kabila et immédiatement la justice a été autorisée à le poursuivre pour, notamment, trahison et participation à un mouvement insurrectionnel. Face à cette décision il a déclaré qu’il n’a « jamais fui ses responsabilités ni devant le peuple ni devant l’histoire » avant de rajouter qu’il « n’a pas besoin d’immunité » parlementaire. « Ce pays n’est pas amnésique. Il sait qui a construit, il sait qui a detruit. » a-t-il renchéri. Une déclaration qui à bien des égards est une manifestation d’un bras de fer. Dans la foulée, ses proches n’ont pas tardé à le blanchir au yeux du M23.

Au lendemain de cette levée d’immunité, il y’a eu comme un ouf de soulagement chez une partie non négligeable de la population qui caresse désormais l’espoir de voir l’ancien président Joseph Kabila être interpellé. Si Kabila n’est donc pas poursuivi, ça donnera le sentiment que les lois seraient devenus des loisirs, et ne sont applicables qu’aux citoyens de la classe moyenne et vulnérables. Le régime de Kinshasa est tenu à l’oeil.

Abdoulaye Raman

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