RDC / JUSTICE : CONSTANT MUTAMBA CONDAMNÉ, UN PROCÈS POLITIQUE AUX ALLURES « KAFKAÏENNES » ?
L’ancien ministre d’État et de la Justice, Constant Mutamba, figure politique montante, a été condamné aujourd’hui à trois ans de travaux forcés par la cour de cassation de Kinshasa. Le verdict met un terme à un feuilleton judiciaire intense, laissant ses nombreux partisans sous le choc. Outre sa peine de prison, M. Mutamba est désormais frappé d’une interdiction d’exercer tout droit de vote et d’éligibilité pendant cinq ans, l’écartant de facto de toute future consultation électorale, y compris la présidentielle de 2028 où il aurait pu capitaliser sur sa 6e place obtenue en 2023.

La justice l’a reconnu coupable du détournement de 20 millions de dollars, fonds initialement destinés à la construction d’une nouvelle prison et provenant d’une partie des 325 millions de dollars de réparations versées par l’Ouganda à la RDC. Ce procès, reporté à deux reprises, a finalement abouti à une condamnation que de nombreux observateurs perçoivent comme éminemment politique, voire « kafkaïenne ».
L’ascension et la chute d’une figure controversée
L’affaire a déchaîné les passions et les interrogations, tant au niveau national qu’international. Nommé en mai 2024 au poste de ministre de la Justice, Constant Mutamba avait rapidement vu sa popularité s’envoler. Cette ascension fulgurante fut notamment alimentée entre autres par sa décision spectaculaire de rétablir la peine de mort pour les « kulunas » (gangs criminels), une mesure saluée par une partie de la population lasse de l’insécurité.
Cependant, son parcours fut émaillé de tensions. En septembre 2024, il révélait publiquement avoir été victime d’une tentative d’empoisonnement. Deux mois plus tard, il tentait de faire démettre de ses fonctions le procureur général, un homme réputé proche du président Félix Antoine Tshisekedi. Ce même procureur allait finalement initier la procédure d’inculpation de Mutamba pour détournement de deniers publics. Dans le même temps, ses relations n’étaient pas au beau fixe avec le pouvoir. De fil en aiguille, ses rapports avec l’ex-Première ministre Suminwa Tuluka, se sont dégradés, poussant la majorité présidentielle à lever son immunité. C’est dans ce contexte tendu que Constant Mutamba a présenté sa démission du gouvernement le 18 juin 2025, la veille de l’ouverture de son procès.
Un procès « kafkaïen » et une persécution politique ?
L’opinion publique congolaise, en grande majorité, a pris fait et cause pour l’ancien candidat à la présidentielle de 2023. Elle y voit une manœuvre orchestrée visant à neutraliser un rival politique devenu trop populaire et potentiellement dangereux pour les caciques du pouvoir. L’arrestation de M. Mutamba à son domicile par l’armée, à 3h du matin la veille du verdict, a renforcé cette perception d’une justice aux ordres.
Ce dénouement judiciaire résonne avec une triste constante observée à travers l’Afrique et le monde : celle de leaders aux idées « révolutionnaires » ou simplement charismatiques, persécutés et emprisonnés par des pouvoirs en place craignant pour leur hégémonie. Constant Mutamba, qui s’est lui-même assimilé à la « réincarnation de Lumumba », rejoint ainsi une longue liste de figures politiques dont le destin est marqué par des confrontations avec les systèmes établis.
Le procès de Constant Mutamba met ainsi en lumière une réalité persistante sur le continent africain : la justice est trop souvent perçue comme un instrument politique. Face à cette condamnation, de nombreux Congolais sont descendus dans les rues pour protester, qualifiant cette décision de pur acte politique. Toutefois, il convient de dire que la nature ayant horreur du vide, malgré le temps que sa condamnation mettra, Constant MUTAMBA, 35 ans révolus trouvera à bien des égards les possibilités de rebondir, quid à ce que le président Félix-Antoine Tshisekedi exerce son droit de grâce dans une dynamique de réconciliation avec un congo singulièrement touché par une crise sécuritaire.
Abdoulaye Raman
