BEAC – BAD : un partenariat stratégique pour repositionner l’Afrique centrale dans la dynamique de développement continental
Par Aymard Guinon
Abidjan, 2 septembre 2025 – La rencontre entre Yvon Sana Bangui, Gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), et Sidi Ould Tah, nouveau Président de la Banque Africaine de Développement (BAD), va au-delà d’une simple prise de contact institutionnelle. Elle s’inscrit dans une logique de repositionnement stratégique de l’Afrique centrale dans le processus de transformation économique du continent.
Une complémentarité naturelle entre deux institutions clés
La BAD, bras financier du développement africain, et la BEAC, garant de la stabilité monétaire en Afrique centrale, disposent de mandats distincts mais hautement complémentaires. La BEAC apporte la crédibilité et l’ancrage macroéconomique, tandis que la BAD mobilise des ressources financières et techniques à l’échelle continentale. Ensemble, elles peuvent agir sur deux leviers déterminants :
• Sécuriser la stabilité monétaire et financière,
• Financer les projets structurants qui manquent encore cruellement à l’Afrique centrale.
Les priorités affichées : de l’import-substitution à la digitalisation
Les axes de coopération évoqués – import-substitution, digitalisation, infrastructures régionales, inclusion financière – traduisent une volonté d’aligner la région sur les grandes tendances du développement mondial.
• L’import-substitution vise à réduire la dépendance extérieure chronique de la CEMAC, qui fragilise ses balances commerciales.
• La digitalisation ouvre la voie à l’inclusion financière et à une modernisation de l’économie régionale, encore trop informelle.
• Les infrastructures régionales sont essentielles pour désenclaver les pays et fluidifier les échanges intra-africains, un préalable à la réussite de la ZLECAf.
Un signal politique fort
Cette rencontre revêt également une dimension politique : en affichant leur volonté commune, la BEAC et la BAD envoient un signal fort aux marchés, aux États membres et aux partenaires internationaux. L’Afrique centrale, longtemps perçue comme en marge des grandes dynamiques africaines, cherche à se positionner comme un acteur crédible et organisé.
Des défis à relever
Cependant, la réussite de ce partenariat dépendra de plusieurs conditions :
• La capacité des États de la CEMAC à s’approprier les projets et à créer un cadre institutionnel stable.
• La discipline budgétaire et monétaire indispensable pour éviter que les financements ne creusent les déséquilibres.
• Une gouvernance renforcée, afin d’assurer que les ressources mobilisées produisent des résultats tangibles pour les populations.
Conclusion
La rencontre entre Yvon Sana Bangui et Sidi Ould Tah ouvre une perspective nouvelle : celle d’un axe stratégique BEAC–BAD, susceptible de donner un souffle inédit au développement de l’Afrique centrale. Elle traduit une volonté partagée de dépasser les approches fragmentées et d’inscrire la région dans une dynamique continentale, où la stabilité monétaire et le financement du développement marchent désormais de concert.
