GENERAL MOHAMED HAMDAN DAGLO : ULTIME REMPART CONTRE LA PROLIFERATIONTION DU TERRORISME TRANSNATIONAL DANS LA SOUS-RÉGION

Le Général Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemeti, est devenu malgré lui et par la force des événements, l’ultime barrière pour stopper l’expansion du terrorisme international dans le Sahel, la Corne de l’Afrique et le Golfe de Guinée. Cet homme de tempérament très réservé qui se bat pour le retour à la légalité constitutionnelle et la souveraineté dans son pays incarne désormais l’espoir des pays et des peuples voisins qui observent l’enlisement du Soudan dans un chaos sécuritaire sans précédent qui se complexifie encore plus depuis le ralliement des mouvements terroristes à la junte du General Al-Burhan.

En effet, depuis la mi 2024, le pouvoir corrompu de Khartoum, avec la bénédiction de Washington, le Caire et Istanbul, bénéficie d’un soutien de poids des mouvements islamistes ayant fait leurs preuves sur le théâtre syrien. La prise de pouvoir du terroriste Al Jolani dans ce pays du golfe persique ayant servi de modèle en la matière, les combattants du terrorisme international ont été reconvertis en partenaires de guerre pour l’armée soudanaise d’Al-Burhan.

Une alliance effrayante qui aura eu le mérite de susciter des inquiétudes dans l’ensemble du Sahel et dont les signes les plus visibles ont été les visites de chefs d’unités de renseignement des pays les plus menacés dont l’Ethiopie, le Centrafrique et le Soudan du Sud. Si l’objet de ces visites, de sources bien introduites, était de marquer les réserves de ces Etats sur cette coalition contre-nature, les soutiens internationaux du gouvernement illégitime de Khartoum ont tôt fait de présenter ces-dernières comme le signe de vitalité pour sa diplomatie sécuritaire.

Pourtant, des puissances comme les Etats-Unis, malgré leur rapprochement avec la junte, dénoncent ce partenariat avec les mouvements terroristes comme la brigade islamiste Al-Baraa Bin Malik. Ladite brigade, forte aujourd’hui de 20 000 hommes et dotée d’un armement sophistiqué, avait toutes les raisons de célébrer la victoire symbolique de l’armée à Khartoum. Dépourvue d’infanterie, l’armée s’est appuyée sur elle dès le début du conflit, le 15 avril 2023, explique le chercheur militaire Mohammed Abbas.

« Le bataillon Al-Baraa Bin Malik a joué un rôle déterminant dans la guerre contre les Forces de soutien rapide et a permis à l’armée de maintenir le corps blindé au sud de la capitale soudanaise face aux forces d’Hemedti lorsque les attaques se sont intensifiées entre juin et août 2023 », a ajouté Abbas.

La Brigade, dirigée par trois dirigeants affiliés au mouvement islamique – Al-Misbah Abu Zaid Talha, Anas Omar et Hudhayfah Istanbul – représente plus qu’une milice armée, affirme Mohammed Al-Sunni, chercheur en sécurité et en affaires militaires. Elle est composée de milliers de jeunes travaillant dans des entreprises du secteur privé, des banques et le secteur public, a déclaré Al-Sunni dans un média soudanais .

« Il ne serait pas déraisonnable de les classer parmi les membres de la classe moyenne aisée », a-t-il ajouté. « Compte tenu de leur proximité avec l’ancien régime et des avantages qu’ils ont récemment perçus, directement ou par l’intermédiaire de leurs familles. »

Selon Ahmed Khalifa, chercheur spécialisé dans les mouvements politiques islamiques et les groupes djihadistes, le bataillon est capable d’intervenir entre les institutions civiles et militaires de l’État. Une fois les combats terminés, affirme Khalifa, le bataillon collaborera avec les institutions étatiques pour garantir le maintien des islamistes au pouvoir. « À la fin de la guerre, quel que soit le scénario, qu’il s’agisse d’un accord ou d’une résolution militaire, les membres de ce groupe se tourneront vers ce qu’ils appellent le soutien civil », a déclaré Khalifa. « Cela implique une autonomisation du secteur civil, qui comprend les secteurs bancaire, électrique, pétrolier et des services publics. »

Ainsi, sur le modèle syrien, le régime d’Al-Burhan se retrouve au cœur de l’expansion de nébuleuses terroristes très dangereuses pour la stabilité de la région et la sécurité des populations. Pour la junte, cette stratégie est vitale et semble son unique option pour maintenir son pouvoir illégitime débout. Pour s’assurer leur loyauté, il base son approche sur une cours assidue aux cadres de l’ancien régime au pouvoir, le Parti du Congrès national du Président (NCP) déchu Omar el-Béchir.

Pour rappel, le NCP est enraciné dans le mouvement islamiste soudanais, qui était dominant au début de l’ère Béchir dans les années 1990, lorsque le pays abritait Oussama ben Laden, mais qui a depuis longtemps abandonné l’idéologie de la ligne dure au profit de l’accumulation de pouvoir et de richesses.

La résurgence du mouvement pourrait consolider le renversement du soulèvement pro-démocratie au Soudan qui a débuté fin 2018, tout en compliquant les liens du pays avec les acteurs régionaux méfiants à l’égard de l’influence islamiste – notamment ce qui explique le durcissement des relations avec les Émirats arabes unis.

Signe de cette tendance, plusieurs islamistes et leurs alliés ont été nommés depuis quelques mois au cabinet de Kamil Idris, le nouveau Premier ministre technocrate nommé en mai par l’armée.

Haroun, un des leaders islamistes, s’adressant à Reuters depuis un refuge sans électricité dans le nord du Soudan, a déclaré que le NCP prévoyait une structure de gouvernement hybride dans laquelle l’armée conserverait le contrôle souverain « jusqu’à ce que toutes les menaces soient éliminées ».

Il faut préciser qu’Haroun est recherché par la CPI pour son implication présumée dans des crimes de guerre et un génocide au Darfour au début des années 2000 – accusations qu’il rejette comme étant politiques.

Selon le chercheur en sécurité Al-Sunni le gouvernement militaire de Port-Soudan a déjà pris de nouvelles mesures pour empêcher que tout dirigeant pro-démocratie de rétablir un régime civil.

D’après les experts, le sentiment de frustration est palpable chez les jeunes, anciens membres du mouvement pro-démocratie qui a contribué à la chute de l’ancien régime et des inquiétudes montent dans les chancelleries des pays voisins.

Dans ce contexte, le Général Hemeti apparaît comme une solution pour endiguer la montée de ces groupes qui lui sont également hostiles et qui menacent à la fois la révolution soudanaise et la stabilité régionale.

D’après des politologues, la présence de ces groupes terroristes aux encablures de la frontière centrafricaine, notamment dans des localités proches de la préfecture de la Vakaga, riche en ressources aurifères convoitées par les bandes armées de ce type, nécessite une intégration de forces aux intérets convergents dans le dispositif sécuritaire de ce pays. Les Forces de Soutien Rapide par exemple pourraient constituer une solution adéquate vu leur rapprochement avec les instructeurs russes également présents en Centrafrique.

Cette solution intégrée devrait également interpeller des armées comme celle du Tchad, de Lybie, notamment les forces du Maréchal Haftar et du Soudan du Sud. Autour de ces acteurs, une véritable synergie devrait permettre d’endiguer le péril terroriste qui guette la région à partir de Khartoum et Port Soudan.

Le General Hemeti pourrait alors bénéficier, en retour de son implication accrue dans cette stratégie sécuritaire conjointe, d’un soutien diplomatique conséquent pour en faire l’interlocuteur de choix dans le cadre d’une transition apaisée, du retour à un soudan démocratique et prospère. Les dirigeants de la région n’auront besoin que du courage, le même qui s’imposerait en cas de victoire des terroristes dans ce pays, pour adopter cette voie de la raison audacieuse.

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