COBAC 2025 – Créances en souffrance : un signal d’alerte pour la stabilité financière en zone CEMAC
Libreville, 26 septembre 2025 —
Sous la présidence de Monsieur Yvon SANA BANGUI, Gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) et Président statutaire de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC), la 13ᵉ réunion annuelle de concertation avec la profession bancaire et financière a réuni à Libreville l’ensemble des acteurs du secteur. Une rencontre stratégique, au moment où la sous-région affiche des indicateurs contrastés : dynamisme des dépôts bancaires d’un côté, mais fragilité croissante des portefeuilles de crédits de l’autre.
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Une expansion du système bancaire, reflet de la confiance des déposants
Les données consolidées au 30 juin 2025 mettent en évidence une progression notable des dépôts bancaires, en hausse de 11,2 %, pour atteindre 19 047 milliards FCFA. Dans le même temps, les crédits à la clientèle ont progressé de 6,7 %, s’établissant à 12 508 milliards FCFA.
Une tendance encourageante qui traduit la confiance des épargnants et la vitalité du tissu économique régional, même si le rythme d’octroi des crédits reste mesuré, reflet d’une prudence accrue du secteur bancaire.
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Des créances en souffrance à un niveau préoccupant
Mais derrière cette apparente solidité, la COBAC met en garde contre une détérioration continue de la qualité du portefeuille de crédits. Les créances en souffrance atteignent désormais 2 177 milliards FCFA, soit 17,4 % de l’encours total, dont 1 632 milliards FCFA considérés à haut risque de non-recouvrement.
Pour se prémunir, les établissements de crédit ont renforcé leurs provisions pour pertes, désormais évaluées à 1 507 milliards FCFA – un montant supérieur aux crédits cumulés du Tchad et de la Centrafrique. Un chiffre qui illustre à lui seul la tension croissante sur la solidité financière du secteur.
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Un risque de fragilisation du système bancaire régional
Cette accumulation de créances non performantes pourrait, à moyen terme, amoindrir la rentabilité des banques, réduire leurs fonds propres et freiner leur capacité à financer l’économie réelle.
La COBAC redoute également un effet domino, par contagion, entre établissements systémiques, entraînant un risque de crise de liquidité et d’érosion de la confiance des déposants.
Une telle évolution aurait inévitablement un impact sur la politique monétaire conduite par la BEAC, pilier de la stabilité macroéconomique régionale.
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La réponse : renforcer la supervision et moderniser le cadre juridique
Face à ce constat, la COBAC préconise une supervision prudentielle renforcée des établissements vulnérables, combinée à une accélération des réformes juridiques.
Il s’agit notamment de lever les obstacles à l’exécution des contrats, à la réalisation des garanties et au transfert de propriété — autant de freins au recouvrement des créances.
Ces recommandations s’inscrivent dans la continuité du Forum “Justice et Banque dans la zone CEMAC” tenu à N’Djamena en 2017, qui avait déjà souligné l’importance d’un environnement judiciaire stable et efficace pour la sécurité financière régionale.
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Préserver la crédibilité du système financier CEMAC
Pour le Président statutaire de la COBAC, M. Yvon SANA BANGUI, cette situation appelle une mobilisation collective de tous les acteurs : autorités monétaires, établissements bancaires et États membres.
La solidité du système financier de la CEMAC, pierre angulaire de l’intégration régionale, dépendra de la capacité de ces acteurs à conjuguer rigueur, transparence et réformes structurelles durables.
En toile de fond, c’est la crédibilité même du modèle bancaire communautaire qui se joue, à l’heure où la CEMAC cherche à consolider sa souveraineté financière et son attractivité économique.
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📸 Photo : Participants à la 13ᵉ réunion annuelle de concertation de la COBAC avec la profession bancaire et financière, Libreville, 26 septembre 2025.
🖋️ Par Aymard GUINON
Journaliste – Panafrican TV Média
http://www.panafricanmedia.tv
