Air France et la République centrafricaine : quand les vieux réflexes coloniaux se heurtent à l’Afrique souveraine

L’affaire qui oppose Air France à la ministre centrafricaine des Affaires étrangères, Sylvie Baïpo-Témon, ne saurait être réduite à un simple incident aérien ou à une polémique personnelle. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large, symptomatique des résistances persistantes de certains intérêts occidentaux face à l’affirmation souveraine des États africains.

Ce qui se joue ici dépasse la République centrafricaine. Il s’agit d’un test politique et symbolique : jusqu’où une compagnie nationale européenne peut-elle mépriser un État africain sans être inquiétée ? Et jusqu’à quand l’Afrique acceptera-t-elle que sa souveraineté soit traitée comme une variable d’ajustement ?

Les faits sont pourtant clairs. À bord du vol concerné, aucune altercation n’a eu lieu. L’équipage, professionnel et respectueux, a reconnu un problème récurrent de gestion des bagages de la ministre des Affaires étrangères de la République centrafricaine par Air France et s’est engagé à retrouver le bagage égaré, ce qui a effectivement été fait.

La polémique est née de messages mensongers envoyés depuis l’avion par un membre du personnel, en lien direct avec le chef d’escale et une relation personnelle présente à bord. À l’arrivée à Bangui, le personnel centrafricain au sol a exprimé son ras-le-bol face aux propos racistes et méprisants régulièrement tenus par le représentant d’Air France, y compris à l’encontre des institutions et du Chef de l’État.

Non satisfaite des parjures qu’elle a couverts contre les officiels centrafricains, l’entreprise française s’est engagée dans une forme de chantage rappelant les réflexes d’une époque révolue. Air France menace de suspendre ses vols à destination de Bangui à partir du 31 janvier 2026.

Un calendrier qui interroge. Car au plus fort de la crise sécuritaire et politico-militaire de 2020–2021, Air France assurait pourtant deux vols hebdomadaires vers la capitale centrafricaine. Lorsque la situation s’est améliorée, la compagnie a réduit la fréquence à un vol, avant d’annoncer aujourd’hui la suspension totale de la desserte, au moment précis où les autorités centrafricaines consolident leur légitimité politique.

Cette séquence suggère une logique de pression politique, visant à isoler un État africain qui assume ses choix stratégiques, refuse les injonctions extérieures et revendique une coopération internationale fondée sur le respect mutuel.

Considérée comme l’un des États ayant donné le la d’une révolte contre la politique paternaliste de la France en Afrique, la République centrafricaine voit aujourd’hui plusieurs analystes politiques appeler les autorités compétentes à répondre à la hauteur du mépris affiché par Air France envers la souveraineté nationale.

La fermeture du ciel centrafricain, même à titre provisoire, est désormais évoquée comme une option crédible. Une démarche qui n’aurait aucun impact majeur sur le pays, d’autant plus que ces derniers mois, le ciel centrafricain s’est ouvert à de nouveaux partenaires. Ethiopian Airlines, ASKY, Royal Air Maroc et RwandAir assurent désormais des vols réguliers, traduisant une confiance manifeste dans le potentiel du marché centrafricain.

Il convient de rappeler que la ministre des Affaires étrangères de la République centrafricaine, Sylvie Baïpo-Témon, incarne ce renouveau diplomatique qui a rompu avec les vieilles pratiques ayant longtemps maintenu le pays dans une forme d’aplaventrisme vis-à-vis de Paris.

On se souvient qu’en 2019, elle avait déclaré persona non grata quatre agents de la MINUSCA, dont le Directeur des Affaires politiques, sur la base d’éléments établissant des tentatives de déstabilisation de l’État centrafricain.

Cette fermeté, aujourd’hui saluée par de nombreux Africains, dérange ceux qui prospèrent sur l’ambiguïté, la dépendance et la soumission, et qui rêvent encore de promotions canapé au détriment de la dignité des peuples.

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