Sommet de l’État en RCA : Qui pour épauler Faustin-Archange Touadéra ?
Alors que le fauteuil de la Vice-présidence, pierre angulaire de la nouvelle architecture constitutionnelle de la VIIe République, reste officiellement vacant en ce début d’année 2026, les couloirs du Palais de la Renaissance bruissent de spéculations. Trois figures, trois trajectoires, trois stratégies s’affrontent pour un poste qui n’a jamais été aussi convoité. Entre Sani Yalo, Félix Moloua et Simplice Mathieu Sarandji, le choix du Chef de l’État sera tout sauf anodin.
Félix Moloua : Le pragmatisme au service de l’institution

Actuel locataire de la Primature, Félix Moloua apparaît comme le candidat du « risque zéro ». Technocrate rigoureux, ce mathématicien de formation a su naviguer dans les eaux troubles de l’économie centrafricaine avec une discrétion chirurgicale.
L’atout de la stabilité : Pour les institutions internationales, Moloua est l’interlocuteur fiable. Sa désignation enverrait un signal de continuité rassurant pour les investisseurs et les partenaires au développement.
La loyauté silencieuse : Son principal acquis reste sa capacité à avoir dirigé le gouvernement sans jamais empiéter sur le terrain politique du Président. Une sobriété qui pourrait être son meilleur passeport pour la Vice-présidence.
Simplice Mathieu Sarandji : La légitimité du « compagnon de route »

Le Président de l’Assemblée nationale est l’âme politique du régime. Fidèle parmi les fidèles, il incarne l’histoire même du Mouvement Cœurs Unis (MCU).
Le gardien du temple : Sarandji dispose d’une assise parlementaire et militante historique. Sa nomination serait le couronnement d’une carrière dédiée à l’ascension et au maintien au pouvoir de Faustin-Archange Touadéra.
L’ancrage politique: Dans un contexte de consolidation du pouvoir, le choix de Sarandji rassurerait la base du parti. C’est le choix du cœur et de la stratégie partisane, celui qui garantit une cohésion totale entre l’exécutif et le législatif.
Sani Yalo : Le pari de l’équilibre et de la réconciliation
C’est sans doute la candidature la plus symbolique. Sani Yalo, souvent décrit comme une éminence grise du Palais, dispose d’un profil qui transcende les clivages politiques habituels.

Le levier confessionnel : C’est son avantage comparatif majeur. Dans une Centrafrique en quête de cicatrisation, l’équilibre chrétien-musulman au sommet de l’exécutif est une carte maîtresse. En nommant Sani Yalo, le Président poserait un acte de réconciliation nationale fort, envoyant un signal d’inclusion à la communauté musulmane et aux voisins régionaux (Tchad, Soudan).
L’homme des réseaux : PCA du BARC, Yalo est un fin connaisseur des réalités économiques et sécuritaires. Sa proximité quasi-fraternelle avec le Chef de l’État lui confère une autorité naturelle. Son arrivée à la Vice-présidence transformerait l’influence de l’ombre en une force institutionnelle.
Ce que dit la Constitution sur le Vice-président
Rétabli par la Constitution du 30 août 2023 (Articles 81 et suivants), le poste de Vice-président est loin d’être honorifique. Voici ses prérogatives essentielles :
Mode de désignation: Il est nommé par le Président de la République qui peut mettre fin à ses fonctions par décret. Il ne dispose donc pas d’un mandat électif propre.
Suppléance: Il assiste le Président et le supplée en cas d’absence du territoire ou d’empêchement temporaire.
Succession constitutionnelle: C’est le point crucial. En cas de vacance définitive (décès, démission ou empêchement définitif constaté par la Cour Constitutionnelle), le Vice-président devient Président de la République par intérim.
Mission d’intérim: Il doit organiser l’élection d’un nouveau Président dans un délai de 45 à 90 jours. Attention : Le Vice-président assurant l’intérim ne peut pas être candidat à cette élection présidentielle.
Le dilemme de la Renaissance
Le choix final de Faustin-Archange Touadéra révélera l’orientation qu’il entend donner à ce nouveau mandat (2026-2032). Privilégiera-t-il la rigueur administrative avec Moloua, la récompense militante avec Sarandji, ou l’audace d’un équilibre confessionnel stratégique avec Yalo ?
À Bangui, beaucoup estiment que si la question de l’unité nationale prime sur les calculs d’appareil, le profil de Sani Yalo pourrait bien s’imposer comme la pièce maîtresse du puzzle de la VIIe République.
