L’option nucléaire centrafricaine : Mongoumba, point de départ d’une réflexion stratégique

Par Aymard Guinon – Panafrican TV Media

Le retour du Président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, de sa visite de travail en Russie ouvre une nouvelle séquence de réflexion sur les partenariats stratégiques susceptibles d’accompagner la transformation économique du pays. Au-delà des dimensions diplomatiques et sécuritaires, une question structurelle demeure au cœur de l’avenir centrafricain : celle de l’énergie.

Aucune économie moderne ne peut se développer durablement sans un socle énergétique stable. Or, la République centrafricaine reste confrontée à un déficit chronique de production électrique, qui limite l’industrialisation, freine l’investissement et ralentit l’essor des infrastructures. Dans ce contexte, plusieurs pays africains explorent aujourd’hui des solutions énergétiques de long terme, dont l’énergie nucléaire civile.

Il ne s’agit pas d’une perspective immédiate pour la RCA, mais d’une réflexion stratégique à horizon long, qui mérite d’être posée dès maintenant.

Une question énergétique devenue centrale

La demande en électricité augmente progressivement avec la croissance démographique, l’urbanisation et les besoins futurs de l’économie. Bangui concentre aujourd’hui l’essentiel de la consommation nationale, tandis que de nombreuses régions du pays restent encore faiblement électrifiées.

Les barrages hydroélectriques existants et les initiatives solaires en cours constituent des avancées importantes. Toutefois, à long terme, la question se pose de savoir quel mix énergétique permettra à la République centrafricaine d’accompagner son développement industriel et urbain.

C’est dans cette perspective que certains experts évoquent, à titre prospectif, l’hypothèse d’un programme nucléaire civil à très long terme, comme plusieurs pays africains commencent à l’envisager.

Mongoumba, un site qui attire l’attention des observateurs

Parmi les zones qui suscitent un intérêt géographique dans les analyses énergétiques figure Mongoumba, dans la préfecture de la Lobaye.

Située à proximité du fleuve Oubangui, cette localité présente plusieurs caractéristiques qui attirent l’attention dans les études théoriques sur les infrastructures énergétiques lourdes :
• accès à une importante ressource en eau, élément indispensable pour les systèmes de refroidissement de grandes installations énergétiques ;
• densité démographique relativement faible, critère souvent privilégié pour les infrastructures industrielles majeures ;
• position stratégique permettant d’alimenter la capitale Bangui et d’envisager à terme des interconnexions régionales.

À ce stade, il ne s’agit évidemment pas d’un projet, mais d’une réflexion prospective sur les potentialités du territoire centrafricain.

L’exemple d’autres pays africains

Le débat sur l’énergie nucléaire civile n’est plus réservé aux grandes puissances industrielles. Plusieurs pays africains ont engagé des programmes d’étude ou de coopération dans ce domaine.

L’Égypte a lancé la construction de la centrale d’El-Dabaa, en partenariat avec la Russie. L’Afrique du Sud exploite depuis plusieurs décennies la centrale de Koeberg. Le Ghana et le Rwanda, de leur côté, étudient la possibilité d’accueillir à terme des réacteurs modulaires de nouvelle génération.

Ces initiatives montrent que l’énergie nucléaire est progressivement intégrée dans les réflexions stratégiques sur la souveraineté énergétique du continent.

Une vision à long terme

Pour la République centrafricaine, un tel projet ne pourrait être envisagé qu’à très long terme et nécessiterait de nombreuses étapes préalables : cadre juridique, formation d’ingénieurs, renforcement du réseau électrique et mise en place d’une autorité nationale de sûreté nucléaire.

Mais poser aujourd’hui les bases du débat n’est pas inutile.

Dans un monde où l’énergie conditionne la puissance économique et la stabilité des États, la question n’est plus seulement de savoir comment produire de l’électricité pour aujourd’hui, mais quel modèle énergétique la République centrafricaine souhaite construire pour les cinquante prochaines années.

La réflexion ne fait que commencer.

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