AFRIQUE / SOUDAN : UN PAYS AU BORD DE LA FRAGMENTATION

GÉOPOLITIQUE SANS FRONTIÈRES

Depuis le 15 avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre qui oppose les Forces armées soudanaises (SAF) aux Forces de soutien rapide (RSF). Mais après plus de trois ans de combats, le conflit dépasse largement l’affrontement entre deux forces militaires : le pays est désormais profondément fragmenté.

Les deux camps contrôlent des territoires différents, tandis qu’une multitude de groupes armés participent au conflit. Le Centre d’études stratégiques de l’Afrique estime aujourd’hui à environ 150 le nombre de groupes armés impliqués, entre milices tribales, groupes communautaires, brigades islamistes et autres forces.

UNE GUERRE QUI DIVISE L’ÉCONOMIE

Cette fragmentation est devenue économique. Dans les zones contrôlées par l’armée, la monnaie soudanaise s’est fortement dépréciée depuis le début de l’été 2026. Selon l’agence de presse Reuters, la livre a perdu près de la moitié de sa valeur, faisant exploser le prix des produits de première nécessité. Mais derrière cette crise économique se trouve également une bataille pour les ressources.

L’OR OCCUPE UNE PLACE CENTRALE

Les réseaux d’exploitation et de commercialisation du métal précieux permettent de financer les acteurs du conflit et relient directement la guerre soudanaise aux économies régionales.

POURQUOI LE SOUDAN INTÉRESSE-T-IL AUTANT LES PUISSANCES ÉTRANGÈRES ?

Le Soudan possède une position stratégique exceptionnelle : il donne accès à la mer Rouge, à proximité d’une des grandes routes commerciales mondiales. Cette position explique en partie l’intérêt de plusieurs puissances régionales et internationales pour le pays. L’Égypte, les États du Golfe, la Russie, les États-Unis et plusieurs pays voisins suivent de près l’évolution du conflit.
La mer Rouge est elle-même devenue un espace majeur de compétition géopolitique, autour des ports, des routes commerciales, des infrastructures et des implantations militaires.

LE RISQUE D’UN SOUDAN DURABLEMENT DIVISÉ

La question qui se pose désormais n’est donc plus seulement : qui remportera la guerre ? Ou encore : le Soudan pourra-t-il rester un État unifié ?
La fragmentation militaire, territoriale et économique fait peser un risque durable de division. Et plus la guerre se prolonge, plus les acteurs locaux et étrangers développent leurs propres intérêts dans les territoires qu’ils contrôlent.

L’ONU a d’ailleurs récemment appelé à demander des comptes aux pays qui alimentent le conflit par des livraisons d’armes et d’autres formes de soutien extérieur. Plus de 14 millions de personnes ont été déplacées depuis le début de la guerre, selon les chiffres rapportés par Reuters.

Le Soudan ne vit donc pas seulement une guerre civile. Il est devenu l’un des grands dossiers géopolitiques de l’Afrique, à la croisée de la mer Rouge, du Moyen-Orient et du continent africain. Et derrière la bataille pour Khartoum se joue peut-être une question beaucoup plus importante : qui contrôlera demain le Soudan, ses ressources et son accès stratégique à la mer Rouge ?

Par Rosy Laure MONE

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