CA-RUSSIE : LES DEUX PAYS RESSERRENT LEUR PARTENARIAT TECHNOLOGIQUE ET ÉCONOMIQUE

Bangui et Moscou veulent donner une nouvelle dimension à leur coopération. Arrivée à Bangui ce mercredi 30 septembre 2026 avec une importante délégation d’acteurs économiques et de responsables gouvernementaux, la partie russe entend renforcer les liens avec la République centrafricaine, en mettant davantage l’accent sur les échanges commerciaux, les investissements et les projets de développement.

Derrière les protocoles et les rencontres officielles, les enjeux sont désormais clairement économiques : il s’agit pour les deux pays de passer des engagements politiques à des réalisations concrètes et de construire une coopération fondée sur des intérêts mutuels.

Les travaux de la Grande Commission intergouvernementale russo-centrafricaine sur la coopération commerciale, économique, scientifique et technique ont ainsi abouti à la signature de plusieurs protocoles d’accord. Au total, 15 axes de développement durable ont été retenus, avec l’ambition affichée de transformer les engagements pris en projets concrets.

La présence simultanée de responsables gouvernementaux, d’experts et d’acteurs économiques donne à cette rencontre une dimension particulière. Elle traduit une volonté de faire progressivement évoluer une relation longtemps dominée par les questions politiques, diplomatiques et sécuritaires vers une coopération davantage orientée vers le commerce, l’investissement, les infrastructures et le développement économique.

DE LA POLITIQUE AUX AFFAIRES : MOSCOU ET BANGUI VEULENT ÉLARGIR LEUR COOPÉRATION

Pendant plusieurs années, la relation russo-centrafricaine s’est principalement construite autour de la diplomatie, de la sécurité et de la défense. Mais pour les deux partenaires, la consolidation d’une relation stratégique passe désormais par l’élargissement des domaines de coopération.

Commerce, investissements, infrastructures, énergie, agriculture, santé, éducation et développement des entreprises figurent ainsi parmi les secteurs appelés à prendre une place croissante dans les relations entre Moscou et Bangui.

Cette dynamique avait commencé à se préciser dès le 16 septembre, avec une réunion préparatoire réunissant les administrations économiques russes et centrafricaines. Cette rencontre avait permis d’identifier les secteurs susceptibles de faire l’objet de projets conjoints et de préparer la première session de la Commission intergouvernementale.

Pour la République centrafricaine, les défis sont considérables. L’insuffisance de l’offre énergétique, les difficultés d’accès aux infrastructures, la faiblesse des capacités industrielles et les besoins importants dans les secteurs de la santé, de l’éducation et du numérique constituent autant d’enjeux auxquels les futurs projets devront répondre.

L’ÉNERGIE ET LES RESSOURCES NATURELLES AU CŒUR DES DISCUSSIONS

Parmi les secteurs stratégiques figure celui de l’énergie, mais également de la géologie et des ressources naturelles.

Selon le ministre centrafricain de la Communication et des Médias, Évariste Ngamana, la Russie et la République centrafricaine souhaitent élargir leur coopération dans le domaine de la géologie, notamment à travers des projets conjoints de prospection et d’exploitation de gisements. La formation de géologues centrafricains dans les universités russes fait également partie des pistes envisagées.

Cette coopération scientifique et technique s’accompagne d’initiatives dans d’autres domaines. Un mémorandum de coopération a notamment été signé entre l’Institut d’Afrique de l’Académie des sciences de Russie et l’Université de Bangui.

Dans le secteur de la santé, des systèmes russes de test destinés à détecter le virus Bundibugyo ont également été remis au ministre centrafricain de la Santé, Pierre Somsé.

Pour le ministre russe de l’Énergie, Sergueï Tsivilev, l’un des objectifs est de rapprocher davantage les entreprises russes et centrafricaines afin de permettre l’élaboration de programmes de coopération conjoints.

TRANSFORMER LES ENGAGEMENTS EN PROJETS CONCRETS

Au-delà des déclarations et des protocoles, la question centrale demeure celle de la mise en œuvre.

La transformation locale des ressources naturelles constitue notamment un axe important de la coopération envisagée. La partie centrafricaine souhaite favoriser la transformation du bois et d’autres matières premières sur le territoire national avant leur exportation. L’objectif est de créer davantage de valeur ajoutée localement et d’accroître les retombées économiques pour le pays.

L’artisanat et le financement de projets dans le cadre de partenariats public-privé figurent également parmi les secteurs prioritaires.

Pour passer à l’étape opérationnelle, une liste de projets prioritaires doit être transmise à la partie russe dans un délai de deux mois. Cette étape doit permettre de donner un contenu concret aux différents engagements pris lors de la Commission.

Les infrastructures occupent également une place importante dans cette nouvelle feuille de route. Les discussions portent notamment sur la construction et la réhabilitation des routes et des ponts, ainsi que sur le développement du secteur ferroviaire.

L’agriculture, l’élevage, la santé, l’accès aux médicaments et l’éducation font également partie des domaines identifiés pour une coopération renforcée.

L’enjeu est donc désormais de passer du protocole au chantier, de l’accord au financement et de la déclaration au projet. Pour les participants, le procès-verbal de la rencontre ne doit pas rester un simple catalogue d’intentions, mais servir de base à des réalisations susceptibles de contribuer à la transformation économique de la République centrafricaine.

LA CULTURE ET L’ÉDUCATION COMME NOUVEAUX LEVIERS DE COOPÉRATION

La coopération russo-centrafricaine ne se limite toutefois pas aux secteurs économiques et technologiques. L’éducation et la culture occupent également une place croissante dans le rapprochement entre les deux pays.

Lors de la première session plénière de la Commission intergouvernementale russo-centrafricaine sur la coopération commerciale, économique, scientifique et technique, le ministre d’État chargé de l’Éducation nationale, A.S. Kongbelet Zingas, a annoncé la signature, le 30 septembre 2026, d’un arrêté portant introduction de l’enseignement de la langue russe dans les établissements scolaires de la République centrafricaine.

Le texte de l’arrêté a été remis à l’ambassadeur de Russie en République centrafricaine, A.M. Bikantov.

Cette initiative vient renforcer le volet éducatif et culturel du partenariat entre les deux pays. Elle pourrait également favoriser, à terme, les échanges universitaires, la formation et la mobilité des étudiants et des enseignants.

UNE NOUVELLE ÉTAPE POUR LE PARTENARIAT RUSSO-CENTRAFRICAIN

À travers cette première session de la Grande Commission intergouvernementale, Moscou et Bangui affichent donc leur volonté de donner une nouvelle profondeur à leur partenariat.

La multiplication des secteurs ciblés — énergie, géologie, infrastructures, agriculture, santé, éducation, industrie, transformation locale et commerce — témoigne d’une volonté d’élargir les domaines de coopération.

Reste désormais le défi de la mise en œuvre. La transmission de la liste des projets prioritaires, leur financement, leur calendrier d’exécution et leur suivi permettront de mesurer concrètement la portée des engagements pris.

Pour les autorités centrafricaines, cette dynamique s’inscrit dans la recherche de nouveaux partenariats capables d’accompagner le développement économique et social du pays. Pour la Russie, elle ouvre davantage d’espace à ses entreprises, à son expertise scientifique et technologique et à ses institutions dans un marché centrafricain en quête d’investissements et d’infrastructures.

De la diplomatie aux projets, le partenariat russo-centrafricain entre ainsi dans une nouvelle phase, avec une question désormais centrale : comment transformer les accords signés en réalisations visibles et durables pour les populations ?

BOUBAKARI KOUVOU

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