LE TOMBEAU DE LA SOUVERAINETÉ : SYLVANUS OLYMPIO ET LE SACRIFICE DE LA MONNAIE

Par Charly KENGNE

Le 13 janvier 1963, l’Afrique post-indépendance bascule dans le tragique. À Lomé, Sylvanus Olympio, le tout premier président du Togo, est assassiné au seuil de l’ambassade des États-Unis. Ce coup d’État sanglant ne constitue pas seulement le premier signal militaire de l’Afrique francophone émoulue du joug colonial ; il incarne l’acte de naissance d’une subordination systémique, l’assassinat politique d’une vision panafricaine de l’émancipation intégrale.

LA VISION D’UNE INDÉPENDANCE TOTALE

Porté par une ambition souverainiste intransigeante, Sylvanus Olympio refuse de concevoir l’indépendance politique comme un simple vernis cosmétique. Pour lui, le drapeau et l’hymne national sont illusoires sans la maîtrise des leviers régaliens fondamentaux : l’économie et la défense.

Deux grands chantiers structurent sa politique et signent, en creux, sa condamnation à mort :

  • La rupture monétaire : À la veille de son assassinat, Olympio s’apprête à franchir le Rubicon en dotant le Togo d’une monnaie nationale souveraine, s’affranchissant définitivement du franc CFA et de la tutelle coloniale.
  • L’autonomie stratégique : Refusant de militariser inutilement son jeune État pour servir de supplétif aux intérêts étrangers, il écarte l’intégration massive d’anciens soldats de l’armée coloniale française, privilégiant une armée républicaine resserrée et axée sur le développement civil.

LA CONVERGENCE DES INTÉRÊTS ET LE CRIME DU 13 JANVIER

Cette quête d’autodétermination se heurte au mur de la Françafrique et aux ambitions de la machinerie néocoloniale. La frustration des anciens combattants coloniaux, rejetés par la vision d’Olympio, devient le levier géopolitique idéal.

Sous la houlette d’un sergent nommé Gnassingbé Eyadéma, et bénéficiant du soutien silencieux et complice des puissances occidentales terrifiées à l’idée d’une contagion monétaire souveraine, le drame se noue. Olympio est abattu. Le message envoyé aux peuples africains est d’une clarté absolue : toute velléité de rupture monétaire et économique se soldera par l’élimination physique et le chaos institutionnel.

L’ENTERREMENT D’UN RÊVE ET LA LONGUE NUIT DU TOGO

L’après-assassinat agit comme la radiographie crue de la domination impérialiste :

  • Le projet de monnaie nationale est immédiatement enterré par Nicolas Grunitzky, replaçant de force le Togo dans l’ornière de la zone franc CFA.
  • L’appareil militaire, instrumentalisé lors du putsch, finit par confisquer définitivement le pouvoir en 1967 avec l’installation d’Étienne Eyadéma pour un règne de près de quatre décennies.

Le destin tragique de Sylvanus Olympio demeure, dans l’historiographie panafricaine, le symbole matriciel de la trahison des indépendances et du combat inachevé pour la souveraineté monétaire et stratégique du continent.

« Ôter la vie à un leader pour tuer une idée : l’assassinat d’Olympio illustre la tragédie d’une Afrique à laquelle on a refusé le droit de battre sa propre monnaie et d’écrire son destin. »

Laisser un commentaire

En savoir plus sur panafrican media tv

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture