RAPPORT DE VIGINUM CONTRE LA MONTÉE DU DISCOURS PANAFRICANISTE AU CAMEROUN ET AU CONGO : DROIT DE RÉPONSE ET MISE AU POINT OFFICIELLE
Par Charly KENGNE
Dans son rapport intitulé « GlobUs : structure d’influence et d’ingérence informationnelle russe en Afrique », le service VIGINUM cite mon nom, ainsi que ceux de plusieurs collègues intellectuels et analystes, nous qualifiant hâtivement de « relais de la propagande russe » et d’acteurs d’une prétendue manipulation de sl’information visant les intérêts français. En tant qu’universitaire, enseignant et chercheur indépendant, je tiens à opposer un déni catégorique, ferme et argumenté à ces allégations infondées. Ce document illustre une dérive récurrente de certains services étatiques occidentaux : l’incapacité chronique à admettre que les critiques formulées à l’encontre de la politique extérieure française en Afrique puissent émaner d’une conscience souveraine, endogène et mûrie, plutôt que d’un prétendu « blanchiment de narratifs » commandité depuis l’étranger.

LA NÉGATION D’UNE CONSCIENCE INTELLECTUELLE AFRICAINE : UN RÉFLEXE NÉOCOLONIALE

Affirmer que des analyses géopolitiques remettant en cause la présence militaire, diplomatique ou monétaire de la France en Afrique sont le fruit d’une manipulation extérieure revient à dénier aux intellectuels africains toute capacité d’analyse autonome. Mes prises de position publiques, mes interventions médiatiques et mes travaux de recherche s’inscrivent dans le droit fil du panafricanisme historique et de la défense intransigeante de la souveraineté de nos États. Analyser les échecs des politiques sécuritaires françaises au Sahel, décrypter les dynamiques de l’Alliance des États du Sahel (AES), ou questionner les ingérences occidentales relève de la stricte rigueur scientifique et de la liberté académique. Assimiler tout désaccord géopolitique avec Paris à une opération de guerre informationnelle est un procédé rhétorique commode mais intellectuellement malhonnête, qui dispense les autorités françaises d’une autocritique indispensable.
RÉTABLISSEMENT DES FAITS CONCERNANT LES INTERVENTIONS ET LES PLATEFORMES MÉDIATIQUES

Le rapport de VIGINUM procède par amalgames successifs en associant des tribunes, des participations à des émissions télévisées (notamment sur Panafrican Média TV) et des contributions numériques à un réseau occulte. Mes interventions sur les plateaux de télévision ou dans les médias panafricains répondent exclusivement à un impératif d’information et d’éducation des jeunesses africaines aux enjeux géopolitiques mondiaux. Jamais mes analyses n’ont été dictées, rétribuées ou subordonnées aux intérêts d’une puissance étrangère, qu’elle soit russe, occidentale ou autre. Évaluer objectivement les rapports de force internationaux, qu’il s’agisse de la recomposition multipolaire ou de la redéfinition des partenariats stratégiques de l’Afrique, fait partie de mon métier de chercheur. Réduire un débat géostratégique légitime à de la « propagande » témoigne d’une vision manichéenne où la voix de l’Afrique ne serait tolérée que lorsqu’elle s’aligne sur les intérêts de Paris.
LA LIBERTÉ D’EXPRESSION ET LE RESPECT DE LEURS PRINCIPES DÉMOCRATIQUES FONDAMENTAUX
La liberté d’expression, la liberté de la presse et la liberté académique sont des principes universels que la France revendique sur son propre sol ; elles doivent s’appliquer avec la même exigence lorsqu’il s’agit de la parole des intellectuels du Sud. En publiant des rapports stigmatisant des chercheurs, des enseignants et des analystes africains sur la base d’indices subjectifs et de recoupements hasardeux, VIGINUM s’inscrit dans une démarche caractérisée d’intimidation et de disqualification politique. Vouloir judiciariser ou disqualifier par le renseignement des analyses géopolitiques qui déplaisent à la diplomatie française ne fait qu’accentuer la fracture de confiance entre la France et les opinions publiques du continent.
L’INTENTION INAVOUÉE : NEUTRALISER L’IMPACT DE NOTRE VOIX AUPRÈS DE LA JEUNESSE AFRICAINE

Au-delà de la forme, ce rapport trahit une intention politique claire et inavouée : chercher à nous décrédibiliser par tous les moyens auprès de la jeunesse africaine, par pure peur de l’impact et de l’audience réelle que nous représentons au sein de cette génération consciente et éveillée. En cherchant à salir notre intégrité, les officines françaises espèrent briser le lien de confiance qui unit les véritables combattants de la liberté aux jeunesses de notre continent, car ils redoutent par-dessus tout la force de nos idées et l’émancipation intellectuelle de notre jeunesse.
LA MISE EN LUMIÈRE INVOLONTAIRE DES VÉRITABLES GARDIENS DU TEMPLE PANAFRICAIN
Paradoxalement, par cet aveu même, la France prouve au monde entier et, sans le savoir, à nos frères de l’Alliance des États du Sahel (AES) qui sont les véritables « Panafricanistes » et les authentiques « gardiens du temple ». Ce rapport éclaire crûment la différence entre les combattants sincères de la première heure et ces nouveaux arrivés de la 25e heure, opportunistes érigés en « panafricanistes » qui sont constamment adulés et vénérés au sein de l’AES sans que l’on sache véritablement pour qui ces derniers roulent. En voulant nous abattre politiquement, le renseignement français valide involontairement l’authenticité de notre engagement et renseignent suffisamment sur ces impostures opportunistes qui traversent le paysage panafricain contemporain.
LE CAMEROUN, TERRE GÉOSTRATÉGIQUE ET GÉOPOLITIQUE DU RENOUVEAU PANAFRICANISTE ET FOYER DE L’ÉVEIL DES CONSCIENCES

Au demeurant, cette sortie maladroite des services de renseignement français vient une fois de plus confirmer une réalité éclatante : le Cameroun est bel et bien la terre historique et vivante du renouveau panafricaniste. Le fait que l’ensemble des médias et des analystes ciblés et épinglés dans ce rapport soient d’origine camerounaise n’est pas le fruit du hasard. Une telle fixation de la part de Paris démontre, s’il en était encore besoin, le caractère éminemment stratégique du Cameroun dans l’éveil des consciences et la prise de conscience souverainiste, tant sur le continent africain qu’à l’international. C’est précisément cette effervescence intellectuelle, médiatique et populaire ancrée au Cameroun qui contribue à bousculer les anciens dogmes, à porter haut l’idéal d’un monde multipolaire, et à accélérer en profondeur le renforcement et l’élargissement de la dynamique des BRICS+.
