Cameroun / Crise Anglophone : Une enfance brisée par la violence sécessionniste, l’itinéraire d’un survivant

Fin Mars 2023, dans la région du Sud-Ouest du Cameroun, la violence liée au conflit armé qui oppose l’État camerounais aux groupes sécessionnistes d’Ambazonie atteint une nouvelle fois des civils innocents. À Lewoh Fotabong 1, dans le département du Lebialem, un jeune garçon voit sa vie basculer définitivement.

Nkelmalecha Atemkeng Esther venait à peine de perdre son oncle. Comme le veut la tradition, la famille s’était réunie pour les obsèques dans le quartier de Menji Fontem, localité bien connue de la division du Lebialem. Ce moment de recueillement se transforme alors en tragédie absolue. Des hommes armés, identifiés par les populations locales comme des rebelles sécessionnistes d’Ambazonie, font irruption. Les parents du jeune Atemkeng sont assassinés, tout comme plusieurs membres de la famille. En quelques instants, une lignée entière est décimée.

Le jeune Nkelmalecha Atemkeng Esther doit sa survie à l’alerte donnée par des voisins. Caché, puis exfiltré dans la confusion, il échappe de justesse à la mort. Il devient ce jour-là le seul survivant d’une famille anéantie par la violence du conflit. À un âge où l’on devrait encore apprendre à rêver, il apprend à fuir.

Sans parents, sans repères, sans protection, Atemkeng quitte Menji Fontem avec un ami. Commence alors pour lui le chemin incertain de l’exil. Ils marchent, se cachent, évitent les axes dangereux, sans réellement savoir où aller ni ce qui les attend. Porté uniquement par un instinct de survie, le jeune garçon affronte la clandestinité, la faim, la peur permanente d’être repris ou tué.

Après plusieurs semaines d’errance, il parvient à rejoindre le Nigeria, pays voisin du Cameroun. Pour beaucoup de déplacés fuyant les régions anglophones en crise, ce pays représente une première terre de refuge, souvent précaire, toujours incertaine. Mais Atemkeng ne s’y arrête pas. En mai 2023, il entame un nouveau périple qui le conduira jusqu’en Europe.

Quatre ans après les faits, le jeune Nkelmalecha Atemkeng Esther tente de se reconstruire. Loin de Lewoh Fotabong 1, loin de Menji Fontem, loin surtout des sépulcres de ses parents, il recommence une vie nouvelle, seul. Une vie marquée à jamais par l’absence, par la perte, par le souvenir d’une nuit où tout a été arraché.

Son histoire n’est pas un cas isolé. Elle est le reflet d’un conflit qui, depuis plusieurs années, broie des familles entières, détruit des villages et condamne une génération à l’exil ou au traumatisme. Derrière les discours politiques et les revendications armées, ce sont des enfants comme Atemkeng qui paient le prix le plus lourd.

À travers le destin de ce jeune Camerounais, c’est toute la tragédie des violences sécessionnistes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui se révèle : des vies brisées, des racines arrachées, et un pays qui continue de compter ses morts et ses survivants silencieux malgré la tenue du grand dialogue national en 2019 et les efforts du gouvernement Camerounais pour sécuriser ces deux grandes régions en crise, les poches d’insécurités demeurent. Les populations apportent néanmoins leur contribution pour un retour à la normale afin que revivent ces deux grandes régions du pays.

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