BURKINA FASO / LANGUES NATIONALES DANS LES TRIBUNAUX: UNE AVANCÉE DÉCISIVE VERS LA SOUVERAINETÉ
Le Burkina Faso vient de franchir une étape historique dans son processus de reconquête de sa souveraineté culturelle et institutionnelle. Cee lundi 9 Juin, l’Assemblée législative de transition a voté une réforme capitale de la loi portant organisation judiciaire du pays, permettant désormais aux juridictions de tenir des audiences dans une langue nationale.
C’est une décision hautement symbolique, mais aussi profondément pratique, qui marque un tournant majeur dans la manière dont la justice est rendue au pays des Hommes intègres. Jusque-là exclusivement réservées à la langue coloniale, les audiences judiciaires s’ouvrent désormais aux langues nationales pourvu que toutes les parties y consentent.

Rappelons que, le gouvernement burkinabé adoptait le 06 décembre 2023 dernier, un projet de loi révisant la Constitution et consacrant désormais les langues nationales comme langues officielles. Selon ce texte, le français, langue officielle du pays depuis l’adoption de la constitution du 27 janvier 1997 est relégué au rang de « langue de travail ». Ce choix, n’est donc pas anodin. Il participe pleinement de la dynamique de réappropriation culturelle et de rupture avec les schémas hérités de la colonisation. En rendant la justice dans les langues parlées par le peuple, c’est un mur d’incompréhension et d’exclusion qui tombe. C’est la justice qui redevient un bien commun, accessible, intelligible, enracinée dans les réalités et les sensibilités du peuple burkinabè.
Cette réforme judiciaire ouvre également la voie à une justice plus rapide et plus humaine. Elle prévoit, entre autres, la possibilité de créer plusieurs chambres criminelles et pour mineurs, d’instaurer le jugement à juge unique dans certains cas, et de renforcer la composition de la Cour avec des assesseurs. Un véritable souffle de modernité, en phase avec les besoins du terrain.

Notons que, cette nouvelle loi au Burkina Faso s’inscrit dans une volonté plus large du Burkina Faso, et d’autres pays africains, de se réapproprier leurs institutions, leurs langues, leur souveraineté. C’est le signe d’un État qui ne se contente plus de reproduire des modèles importés, mais qui forge ses propres outils, adaptés à ses réalités sociales, culturelles et politiques. En donnant toute leur place aux langues nationales dans les palais de justice, le Burkina Faso envoie un message fort : celui d’un État qui fait confiance à son peuple, à sa culture, à son avenir.
Fabiola Dombeu
