
Le 17 juin 2025, à l’occasion de la 3e édition de la Finance Week à Yaoundé, le Gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a lancé un appel fort : le Cameroun doit accélérer la réhabilitation de la SONARA pour soulager les réserves de change de la CEMAC, mises à mal par les importations massives de produits pétroliers raffinés. Un message clair, porté par un homme qui incarne aujourd’hui le renouveau monétaire et la rigueur économique en Afrique centrale. Mais derrière cet appel légitime, une question s’impose : et si la vraie solution n’était pas de réparer l’ancien, mais de construire du neuf ?
La SONARA, un vestige coûteux et dépassé

Inaugurée en 1981, la SONARA est aujourd’hui techniquement obsolète. L’incendie majeur de 2019 a profondément compromis ses capacités. Sa réhabilitation est longue, coûteuse et stratégiquement risquée, car elle repose sur une infrastructure conçue pour un autre siècle. Le retour à la normale est incertain, tandis que les pertes en devises continuent de plomber nos équilibres extérieurs.
Alors, faut-il réhabiliter à tout prix ?
Construire une nouvelle raffinerie : l’option panafricaine et souveraine
Et si nous saisissions cette crise comme une opportunité de rupture stratégique ? La CEMAC a besoin d’une raffinerie régionale moderne, performante et écologiquement responsable, conçue dès le départ pour :
- Répondre aux besoins croissants en carburant de la sous-région;
- Réduire la dépendance aux importations, principales consommatrices de devises ;
- Servir de levier à une intégration industrielle régionale (transport, plasturgie, agriculture mécanisée, énergie) ;
- Offrir une alternative aux grands circuits d’approvisionnement étrangers, souvent hostiles ou spéculatifs.
Une telle infrastructure, si elle est portée par une vision communautaire, pourrait devenir un symbole de souveraineté économique, comme l’ont compris certains pays du Golfe ou d’Afrique de l’Est.
Et si la BEAC était à l’initiative ?

En appelant à la valorisation locale des ressources pétrolières, le gouverneur Sana Bangui ouvre déjà la voie. Il revient maintenant aux institutions régionales – BEAC, CEMAC, BDEAC – de transformer cette vision en projet structurant. Un partenariat public-privé, adossé à une gouvernance transparente, pourrait voir le jour dans un État membre doté d’un bon positionnement géographique, d’un accès portuaire ou d’un environnement politique stable.
L’heure de la maturité économique africaine
La CEMAC ne peut plus se contenter d’ajuster ses flux monétaires sans penser production, transformation, valeur ajoutée. À quoi bon défendre nos devises si nous ne les investissons pas dans notre autonomie ? Il faut aller au bout du raisonnement du gouverneur Sana Bangui : une monnaie ne vaut que par l’économie réelle qu’elle soutient.
Conclusion
Réhabiliter la SONARA ? Peut-être.
Mais construire une nouvelle raffinerie régionale, pensée pour l’avenir, portée par une ambition collective et panafricaine ? C’est sans doute le vrai tournant historique.
La BEAC a remis l’éthique monétaire au cœur du jeu. À nous maintenant d’y adosser un projet industriel à la hauteur de notre temps.
Le moment est venu de penser transformation, pas réparation. Vision, pas gestion. Souveraineté, pas dépendance.
Par Aymard Guinon – Tribune pour Panafrican Media
