L’URGENCE D’UNE RÉFORME STRUCTURELLE DES FORCES ARMÉES CAMEROUNAISE 🇨🇲 FACE AUX NOUVEAUX ORDRES MONDIAUX

​Par Charly KENGNE

​Le paysage géopolitique mondial subit une mutation tectonique. Si le Mali a amorcé une mue pragmatique par un réarmement massif, le Cameroun, pivot de la zone CEMAC, doit impérativement sortir de sa « zone de confort » pour anticiper les chocs de demain.

​I- L’ARCHITECTURE DE DÉFENSE : PASSER DE LA RÉACTION À L’ANTICIPATION

​Le modèle actuel, bien qu’éprouvé reste essentiellement réactif. La prospective stratégique nous enseigne que « l’avenir ne se prévoit pas, il se prépare ».

  • ​RENFORCER LES PRÉROGATIVES DU CONSEIL NATIONAL DE SÉCURITÉ (CNS) : Ce ne doit plus être une simple instance de consultation, mais le cœur battant de la stratégie, intégrant des civils (géopolitologues, économistes, ingénieurs) aux côtés des militaires pour une vision à 360°.
  • ​ADOPTION D’UNE LOI DE PROGRAMMATION MILITAIRE (LPM) DÉCENNALE : Pour sortir de la gestion budgétaire au « coup par coup », le Cameroun doit sanctuariser ses investissements sur 10 ans. Cela permet de commander des blindés (MRAP, Typhoon) en masse et de négocier des transferts de technologie pour la maintenance locale.
  • ​LA MONTÉE EN PUISSANCE DU BIR ET DE LA BRIR : Le passage du BIR de « force d’intervention » à un véritable Corps d’Élite Interarmées doit s’accompagner d’une spécialisation régionale : un pôle spécialisé dans la guerre de jungle au Sud, et un pôle de cavalerie légère hautement mobile au Nord pour contrer la fluidité des groupes terroristes.

​II- L’INTELLIGENCE STRATÉGIQUE : L’INFORMATION COMME MULTIPLICATEUR DE FORCE

​Le renseignement humain reste notre plus grand atout mais il doit être hybridé avec la technologie. La prospective ici consiste à détecter les « signaux faibles » avant qu’ils ne deviennent des crises.

  • ​DIGITALISATION DU RENSEIGNEMENT HUMAIN (HUMINT) : Créer une plateforme sécurisée et cryptée permettant aux chefs traditionnels et aux comités de vigilance de remonter des informations en temps réel vers une cellule d’analyse centrale (Big Data sécurisé).
  • ​SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE ET CYBERDÉFENSE : Le Cameroun doit créer une unité de Cyber-Intelligence capable de surveiller le « Dark Web » où se négocient les trafics d’armes et où se recrutent les insurgés en plus de faire un monitoring constant des menaces qui pèsent sur le pays au travers des réseaux sociaux ou possibles hackers. L’ indépendance technologique est ici la clé pour ne pas dépendre des algorithmes étrangers.
  • ​PROSPECTIVE DE TERRAIN : Mise sur pied de « Cellules de Veille Sociétale ». La guerre asymétrique se gagne dans les cœurs. Ces cellules doivent analyser les mécontentements sociaux pour prévenir leur instrumentalisation par des puissances extérieures ou des groupes terroristes.

​III- L’ÉCONOMIE DE DÉFENSE : LE PRIX DE LA SOUVERAINETÉ

​Le débat sur le budget de l’éducation face à celui de la défense est un faux dilemme. Sans sécurité, l’investissement éducatif est une perte nette (écoles brûlées, fuite des cerveaux).

  • ​LE CONCEPT DE « BUDGET DE RÉSILIENCE » : Il s’agit de réallouer 15 à 20 % des budgets de fonctionnement non essentiels des ministères civils vers un Fonds d’Urgence pour la Modernisation de la Défense.
  • ​DÉVELOPPEMENT D’UNE INDUSTRIE DE DÉFENSE LOCALE : Au lieu d’importer chaque cartouche, le Cameroun doit s’inspirer de l’Afrique du Sud ou de l’Égypte. La prospective économique suggère de créer des partenariats public-privé pour la fabrication locale de munitions, d’uniformes, de drones de surveillance et de maintenance de blindés. Cela crée de l’emploi pour nos jeunes ingénieurs et réduit la dépendance extérieure.
  • ​DIPLOMATIE MILITAIRE MULTI-VECTORIELLE : Pour ne pas être l’otage d’un seul bloc, le Cameroun doit diversifier ses fournisseurs (Russie, Chine, Turquie, Israël, Corée du Nord) en imposant systématiquement une clause de maintenance locale, transformant ainsi chaque achat d’arme en une montée en compétence technique nationale.

IV- PROPOSITIONS CONCRÈTES EN PROSPECTIVE STRATÉGIQUE

1- ​L’EXERCICE « CAMEROUN 2050 » : Lancer une simulation nationale impliquant l’armée et les universités pour modéliser les menaces futures (guerres de l’eau, conflits liés aux terres rares, cyber-attaques étatiques).

2- ​UN THINK TANK AUTONOME (L’INSTITUT CAMEROUNAIS DE DÉFENSE ET DE PROSPECTIVE) : Ce centre produirait des rapports mensuels sur les mouvements tectoniques de la géopolitique mondiale (ex: l’impact de la présence de l’AES au Sahel sur notre frontière Nord).

3- ​RÉFORME DES PROGRAMMES DES ÉCOLES MILITAIRES (EMIA, ÉCOLE DE GUERRE) : Introduire massivement des modules de prospective, de psychologie des foules et de guerre hybride.

​CONCLUSION

Le courage politique doit désormais rejoindre la bravoure de nos soldats sur le front. Repenser notre défense n’est pas un luxe budgétaire, c’est une assurance-vie pour la Nation. Si nous voulons que le Cameroun demeure le « poumon de l’Afrique Centrale », il doit se doter d’une cage thoracique d’acier. Le temps de l’observation est révolu, celui de l’action stratégique a sonné.

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