CENTRAFRIQUE : LA GUERRE DE L’OMBRE CONTRE LE PANAFRICANISME OU LA STRATÉGIE DU VIDE AUTOUR DU PRÉSIDENT FAUSTIN ARCHANGE TOUADERA

Par Charly KENGNE

La fuite récente dans l’espace public de documents judiciaires confidentiels – en l’occurrence les procès-verbaux d’audition attribués au Ministre Pascal Bida Koyagbele – soulève des questions capitales qui dépassent le simple cadre d’une procédure d’instruction. Elle met en lumière une guerre souterraine d’une intensité rare au cœur du pouvoir centrafricain.

À l’heure où la République centrafricaine (RCA) tente de consolider sa souveraineté, l’analyse froide des forces en présence révèle une mécanique bien huilée : l’usage de montages et de complots politiques visant à neutraliser les remparts panafricanistes de Bangui pour ouvrir la voie au retour des réseaux d’influence traditionnels.

I- LA FUITE DU SECRET DE L’INSTRUCTION : UNE ARME DE DÉSTABILISATION MASSIVE

En droit, le secret de l’instruction est le garant de l’équité et de la recherche de la vérité. Pourtant, la diffusion orchestrée des documents liés aux procès-verbaux des auditions attribuées au Ministre Pascal Bida Koyagbele démontre que l’objectif recherché n’est pas la justice, mais la mise à mort politique par le tribunal populaire et médiatique.

En faisant fuiter la parole d’un ministre en charge des projets stratégiques, les instigateurs de cette manœuvre trahissent leur agenda : créer la confusion, fragiliser les institutions de l’État et semer la suspicion au sommet de l’appareil gouvernemental.

II- LE DÉNI DES faits ET LA PROFESSION DE FOI PANAFRICAINE

La lecture du document des dits procès-verbaux montre une position claire de la part de la personne auditionnée. Le Ministre Pascal Bida Koyagbele y rejette fermement les accusations de collusion avec des figures de l’opposition ou des forces de déstabilisation comme François Bozizé ou Karim Mekassoua.

Le texte met en avant une ligne de défense idéologique radicale :

  • Le rejet des réseaux d’influence étrangers : L’affirmation d’un combat historique contre ce qui est perçu comme des relais des intérêts extérieurs en RCA.
  • La fidélité absolue au chef de l’État : Le ministre y qualifie le Président Faustin-Archange Touadera de figure tutélaire, affirmant qu’il préférerait subir le pire plutôt que de trahir le projet de souveraineté nationale.

Ce positionnement place l’affaire non pas sur le terrain du droit commun, mais sur celui d’un affrontement doctrinal majeur entre souverainistes et partisans d’un retour à l’ancien ordre géopolitique.

III- LA STRATÉGIE DU VIDE : ISOLER LE PRÉSIDENT TOUADERA

Pour comprendre les ressorts profonds de cette crise, il faut élargir la focale géopolitique. La RCA a opéré ces dernières années des choix stratégiques forts, marqués par une diversification de ses partenariats internationaux et une rupture progressive avec les cercles de la Françafrique.

Pour les réseaux nostalgiques de cette influence, la méthode pour reprendre pied à Bangui ne passe plus nécessairement par un coup d’État frontal, mais par une guerre d’usure interne :

  • Éliminer les fusibles idéologiques : En ciblant les cadres explicitement panafricanistes et les soutiens les plus intransigeants de la ligne présidentielle, l’objectif est de dégarnir le premier cercle du pouvoir.
  • Créer un cordon d’isolement : En distillant le poison du doute et de la trahison, les tireurs de ficelles cherchent à rompre les liens de confiance entre le Président Touadera et ses collaborateurs les plus fidèles.
  • Le danger ultime : Une fois le président isolé de ses remparts politiques et sécuritaires les plus déterminés, l’architecture même du pouvoir devient vulnérable, ouvrant un « boulevard » aux compromis géopolitiques et, à terme, menaçant la stabilité de la transition souveraine du pays.

CONCLUSION : UN AVERTISSEMENT POUR L’AVENIR DE LA RCA

L’affaire entourant ces documents fuités doit être lue comme un symptôme et non comme un épiphénomène. Elle révèle que le combat pour l’indépendance réelle de la République centrafricaine se joue autant à l’intérieur des ministères et des cours de justice qu’aux frontières du pays.

Face à la résurgence des réseaux d’ingérence, la vigilance reste l’arme principale des forces souverainistes d’Afrique centrale. L’histoire récente montre que lorsqu’un pouvoir laisse détruire ses soutiens les plus engagés sous la pression de complots exogènes, c’est sa propre existence qu’il met en péril.

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