ÉCONOMIE | « NOUS AVONS LE CHOIX : SUBIR OU DIRIGER » : LE THÉORICIEN DU PROTOCOLE DE YAOUNDÉ DÉVOILE SA VISION POUR L’AFRIQUE
Inspecteur du Trésor, expert en finances publiques et auteur du Protocole de Yaoundé, Charte du Nouvel Ordre Économique (NOÉ), Abdel Akim NGAPOUT NGOUH livre une réflexion audacieuse sur l’avenir économique, monétaire et technologique du Cameroun et de l’Afrique. Face à l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, à la transformation de la finance mondiale et aux risques d’une nouvelle forme de dépendance numérique, il propose un véritable plan de rupture : souveraineté numérique, monnaie digitale, blockchain, inclusion financière et « rente technologique ». Dans cet entretien, il explique pourquoi, selon lui, l’Afrique n’a plus le choix entre subir les transformations du monde ou prendre part à leur conception. Panafric Media est allé à la rencontre d’un théoricien des temps modernes et vous propose de lire cet entretien…

VOUS ÊTES INSPECTEUR DU TRÉSOR ET EXPERT EN FINANCES PUBLIQUES. QU’EST-CE QUI VOUS A POUSSÉ À ÉCRIRE LE PROTOCOLE DE YAOUNDÉ ET POURQUOI ESTIMEZ-VOUS QUE CE LIVRE EST PARTICULIÈREMENT NÉCESSAIRE AUJOURD’HUI ?
Bonjour, et déjà, je tenais à vous remercier pour cette opportunité que vous m’offrez afin de m’exprimer sur un sujet qui me tient à cœur, qui est de forte actualité sous d’autres cieux, mais assez méconnu dans notre cher et beau pays, ou du moins qui n’est pas traité avec toute l’attention qu’il mérite au regard des enjeux qu’il draine. À la réalité, j’ai écrit ce livre parce que j’ai ressenti l’urgence d’un cri d’alarme. Nous sommes à un carrefour historique où les modèles économiques du XXe siècle volent en éclats sous le choc combiné de l’hyperinflation monétaire et de l’hyperdéflation technologique portée par l’Intelligence Artificielle Supérieure (ASI). Il s’agit de la survie de notre économie. Cependant, la thématique n’est pas au centre du débat public au Cameroun, plus intéressé par la politique politicienne.
Pourtant, le Cameroun, comme beaucoup de nations africaines, est pris dans une tenaille mortelle : d’un côté, une dépendance monétaire au FCFA qui nous prive de notre souveraineté et nous coûte chaque année plus de 200 milliards de FCFA de seigneuriage ; de l’autre, une exclusion financière massive qui touche près de 76 % de notre population (avec un taux de bancarisation de 24 % et un taux global d’utilisation des services financiers de 52 %, mais en termes d’exclusion financière, au sens de bancarisation classique, c’est bien 76 % selon les chiffres officiels du MINFI), ce qui empêche notre État de jouir d’un levier de financement à la mesure des ambitions de notre gouvernement qui, bien que très bienveillant et soucieux du bien-être de ses populations, peine à satisfaire ses besoins du fait de difficultés à mobiliser les financements nécessaires à impulser significativement notre développement.
Ce livre est né d’un constat très simple : les réformes cosmétiques ne suffisent plus. Le temps des demi-mesures est révolu. Nous devons opérer une rupture radicale, un « saut quantique », pour transformer la déflation technologique en opportunité et faire du Cameroun un leader, non un spectateur consommateur.
Le Protocole de Yaoundé est cette proposition de feuille de route, ce plan d’architecte que nous soumettons à l’appréciation du gouvernement et des populations actionnaires de ce renouveau pour bâtir une nation souveraine, prospère et plus résiliente aux chocs extérieurs. Il est nécessaire aujourd’hui parce que l’horizon événementiel de l’ASI (Artificial Super Intelligence), que des experts comme Dario Amodei placent dès 2026-2027 et d’autres pour 2030, ne nous laisse plus le temps de l’atermoiement. Nous devons agir maintenant, ou accepter de devenir une colonie numérique, consommatrice des technologies des autres et qui donne ses nouvelles matières premières gratuitement : nos données, et entretient un cycle de dépendance et d’asservissement perpétuel.
DANS VOTRE OUVRAGE, VOUS AFFIRMEZ QUE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE POURRAIT CONDUIRE L’AFRIQUE SOIT VERS LA SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE, SOIT VERS UNE NOUVELLE FORME DE COLONISATION. QUEL EST, SELON VOUS, LE PRINCIPAL DANGER QUE LE CAMEROUN SOUS-ESTIME ACTUELLEMENT ?
La révolution de l’intelligence artificielle et ses corollaires entraîne un changement de paradigme économique sans précédent en termes d’amplitude dans nos pays. Le danger le plus sous-estimé est ce que j’appelle le « colonialisme numérique ». La perception de la valeur et de la ressource, de la richesse est en pleine mutation et ce, à l’insu de beaucoup… Dorénavant, dans les rapports entre États, il ne s’agit plus d’une domination par la force militaire, mais par la maîtrise des algorithmes, des données et des infrastructures critiques. Le Cameroun sous-estime gravement la vitesse à laquelle l’IA va rendre obsolètes des centaines de milliers d’emplois cognitifs : comptables, juristes, analystes, traducteurs et autres, qui constituent aujourd’hui l’espoir de notre classe moyenne naissante. Le rapport du FMI de janvier 2024, qui estime que 40 % des emplois mondiaux seront affectés par l’IA, est une sonnette d’alarme que nous n’avons pas encore entendue, ou du moins que beaucoup minimisent, ce qui est une erreur capitale.
Mais le danger est double et il faut le souligner avec force pour le bien-être de nos populations. D’une part, nous risquons de voir notre main-d’œuvre jeune et abondante devenir une masse de travailleurs inutiles, car inadaptés aux nouveaux besoins et n’ayant pas été formés pour ce changement de paradigme, sans revenus ni perspectives, ce qui est un danger pour notre stabilité sociale et la cohésion nationale. D’autre part, en continuant d’utiliser des plateformes et des monnaies étrangères, comme les stablecoins adossés au dollar qui financent le Trésor américain, nous exportons notre épargne et notre souveraineté. Chaque FCFA converti en USDT par un commerçant de Douala ou d’ailleurs en vue de faciliter ces transactions, et payer une formation, de payer des fournisseurs, finance la dette américaine, pas la nôtre. Le danger n’est pas la technologie, c’est la passivité. Nous sous-estimons notre capacité à « pirater » cette technologie pour la mettre au service de notre développement. Le Protocole de Yaoundé est précisément la stratégie pour inverser cette dynamique.
VOUS PRÉSENTEZ LE PROTOCOLE DE YAOUNDÉ COMME UNE VÉRITABLE FEUILLE DE ROUTE PLUTÔT QU’UN SIMPLE ESSAI. QUELLES SONT LES TROIS PRIORITÉS QUE LE CAMEROUN DEVRAIT ENGAGER IMMÉDIATEMENT POUR NE PAS MANQUER CETTE RÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE ?
Je distingue trois axes de priorités absolues, à lancer dans les douze mois :
Premièrement, l’adoption du cadre juridique et institutionnel. Il faut promulguer la Loi-cadre du Nouvel Ordre Économique, créer l’Autorité des Marchés Numériques (AMN) et le Conseil de Surveillance de l’Algorithme (CSA), et doter le Fonds de Souveraineté Numérique (FSN) de son capital initial de 1 000 milliards de FCFA. C’est la fondation sans laquelle rien ne tient.
Deuxièmement, le lancement en mode pilote de la CameroonChain et du Binaire CFA (BCFA). Nous devons tester ces infrastructures souveraines dans trois ministères pilotes dès 2027/2028, comme je le propose dans le plan d’action. Cela nous permettra d’éprouver la technologie, de former les agents et de démontrer concrètement les gains d’efficacité et de transparence.
Troisièmement, un programme massif de formation et d’inclusion. Nous devons former un million de jeunes aux métiers de la blockchain, de l’IA et de la data science, et équiper chaque citoyen d’un CameroonWallet pour l’inclure financièrement. L’inclusion n’est pas une option, c’est une condition de survie sociale. La bonne nouvelle est que, contrairement à la bancarisation, ce sera plus facile, car la majorité des Camerounais de nos jours, bien que n’ayant pas toujours un compte bancaire, ont un téléphone portable pour la plupart. Sans cette montée en compétence, la révolution technologique se fera contre nous, et non avec nous.
VOTRE LIVRE ÉVOQUE LE « GRAND DÉCOUPLAGE » ENTRE LA FINANCE MONDIALE ET L’ÉCONOMIE RÉELLE. EN QUOI CETTE MUTATION REPRÉSENTE-T-ELLE UN RISQUE CONCRET POUR LES JEUNES, LES ENTREPRENEURS ET LES TRAVAILLEURS CAMEROUNAIS ?
Le « grand découplage » est le paradoxe central de notre époque : pendant que les marchés financiers explosent grâce à la création monétaire massive qui a eu lieu à l’international à la suite de chaque crise économique et financière, en vue de relancer et booster la demande, dans l’économie réelle, celle des salaires, des biens et des services, s’asphyxie sous le poids de l’inflation croissante et de l’automatisation qui accroît le caractère non indispensable de l’utilisation de l’homme dans le circuit de production de la valeur. Pour les jeunes Camerounais, ce découplage signifie que le modèle qui a fonctionné pour leurs parents, c’est-à-dire, trouver un emploi stable dans la fonction publique ou dans une grande entreprise, n’existe plus ou, s’il faille être moins alarmiste, est à l’agonie. Les emplois cognitifs intermédiaires, qui étaient le sésame vers la classe moyenne, sont en train d’être automatisés par l’IA et cela dans tous les secteurs de l’économie, en fait.
Pour les entrepreneurs, le risque est l’absence de crédit et de liquidité. Sans inclusion financière, sans accès à une monnaie numérique souveraine, ils restent prisonniers de l’économie informelle, sans possibilité de passer à l’échelle, ce qui affaiblit leur compétitivité face à la production internationale, vu qu’ils auront des difficultés à innover et à s’adapter aux changements nécessaires à leur survie, ce qui laisse entrevoir la possibilité de subir un raz-de-marée de produits de qualité et à petit prix venant de l’extérieur, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour notre tissu économique local.
Pour les travailleurs, c’est la précarité généralisée : le contrat social du XXe siècle, fondé sur l’échange du travail contre un salaire, devient caduc. Notre réponse dans le Protocole est de créer une nouvelle forme de richesse, la « rente technologique », distribuée via le Programme d’Investissement Citoyen Tokenisé (PICT) et le staking du BCFA, pour que chaque citoyen devienne actionnaire de la prospérité nationale. C’est la seule manière de transformer ce risque en opportunité, de créer de la valeur, une richesse inépuisable et inclusive.
À QUI S’ADRESSE PRIORITAIREMENT CET OUVRAGE : LES DÉCIDEURS POLITIQUES, LES CHEFS D’ENTREPRISE, LES UNIVERSITAIRES, LES ÉTUDIANTS OU LE GRAND PUBLIC ? QUEL CHANGEMENT DE MENTALITÉ ESPÉREZ-VOUS PROVOQUER CHEZ VOS LECTEURS ?
Cet ouvrage s’adresse à tous les Camerounais, du citoyen ordinaire à l’élite, comme je le dis dans la dédicace. Mais je distingue trois publics prioritaires :
· Les décideurs politiques, car c’est à eux, en priorité, qu’il revient de prendre les décisions audacieuses. C’est entre leurs mains que le bon Dieu a bien voulu confier nos destinées et c’est toujours à nos dirigeants que reviendra la lourde charge de mettre en œuvre, s’ils jugent utile cette proposition de feuille de route, fruit de notre labeur. Je les supplie de sortir de la logique de gestion et d’entrer dans celle de l’ingénierie du futur, car ils nous ont appris que gouverner, c’est anticiper.
· Les jeunes et les étudiants, car ils sont les premiers concernés par la révolution technologique et les principaux bénéficiaires potentiels du Nouvel Ordre Économique (NOÉ). Je veux qu’ils comprennent qu’ils ne sont pas des victimes passives, mais des acteurs de leur propre destin, et que c’est une chance inouïe pour eux d’être nés à cette époque où la possibilité de création de richesse se démocratise.
· Les chefs d’entreprise et les investisseurs, car ils ont le pouvoir de catalyser l’innovation et de créer les emplois de demain et de renforcer les capacités de leur personnel actuel. Je les appelle à saisir les opportunités offertes par la tokenisation et la CameroonChain que nous proposons.
Le changement de mentalité que j’espère est un passage de la dépendance à la souveraineté, de la peur à l’audace, de l’attentisme à l’action. Je veux que chaque lecteur puisse comprendre que : « Ce n’est pas un rêve, c’est un plan. Et ce plan, je peux le faire mien et y contribuer. »
VOTRE PARCOURS DANS LES FINANCES PUBLIQUES VOUS DONNE UNE LECTURE PARTICULIÈRE DES TRANSFORMATIONS ÉCONOMIQUES MONDIALES. COMMENT VOTRE EXPÉRIENCE PROFESSIONNELLE A-T-ELLE INFLUENCÉ LES ANALYSES ET LES PROPOSITIONS DÉVELOPPÉES DANS CE LIVRE ?
Mon expérience d’Inspecteur du Trésor m’a permis de voir de l’intérieur les mécanismes de la dépendance budgétaire, les limites du FCFA, bien que étant utile, et le poids écrasant de la dette. Chaque année, je constate que nous empruntons à l’extérieur pour rembourser, bien que cela va d’une bonne intention de notre gouvernement, il faut le dire en toute honnêteté, mais avec le temps, le service de la dette absorbe près de 37 % de nos recettes budgétaires, et que nous manquons de flexibilité pour investir dans l’avenir. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que toute dette extérieure est un impôt différé, ce qui handicape cet avenir, d’où les propositions que nous faisons dans cet ouvrage. Cette réalité m’a convaincu que la souveraineté budgétaire est la clé de tout.
J’ai aussi été frappé par le contraste entre la lenteur des procédures administratives et la vitesse des innovations technologiques. C’est ce qui m’a poussé à proposer des mécanismes automatisés comme le smart contract TreasuryLink, qui doit être une partie de l’évolution de notre actuel bijou de la DGTCFM. Je parle évidemment de TresorPay, qui devra assurer le versement transparent et instantané des bénéfices du FSN au Trésor public. Mon expérience en IT Management et E-Government m’a appris que la technologie n’est pas un gadget, mais un levier de transformation structurelle.
Enfin, la gestion des finances publiques m’a appris à penser en termes de risques, de rendements et de durabilité. C’est pourquoi le Protocole est aussi un exercice d’ingénierie financière et de gestion des risques, avec des boucliers contre la volatilité et des mécanismes de stabilisation.
AU-DELÀ DU DIAGNOSTIC, QUEL EST L’OBJECTIF PROFOND DE LE PROTOCOLE DE YAOUNDÉ ? SOUHAITEZ-VOUS OUVRIR UN DÉBAT INTELLECTUEL, INFLUENCER LES POLITIQUES PUBLIQUES OU SUSCITER UN VÉRITABLE MOUVEMENT EN FAVEUR DE LA SOUVERAINETÉ ÉCONOMIQUE ET TECHNOLOGIQUE ?
Mon objectif est les trois à la fois, mais dans un ordre précis :
· Susciter un débat intellectuel est la première étape. Il faut que les esprits s’ouvrent à l’idée qu’une autre voie est possible, que le statu quo n’est pas une fatalité. C’est pourquoi le livre est dense, technique et un peu provocateur.
· Influencer les politiques publiques est la deuxième étape. Le Protocole est conçu comme un projet de loi-cadre, avec des propositions concrètes de réformes juridiques et fiscales. Je souhaite que les décideurs s’en emparent, le critiquent, le discutent, l’amendent et l’adoptent, s’ils jugent que c’est important pour le devenir de notre nation.
· Mais l’objectif ultime est de susciter un véritable mouvement citoyen en faveur de la souveraineté économique et technologique. Car aucune réforme ne réussit sans l’adhésion du peuple. Le Programme d’Investissement Citoyen Tokenisé (PICT), le CameroonWallet, le GovWealth que nous avons, en tant que cadre de conception, créés sont des instruments qui donnent à chaque citoyen un intérêt direct dans la réussite du projet. Je veux que les Camerounais se sentent co-architectes de leur destin, et non plus simples spectateurs. Cela renforcera le sentiment d’appartenance, le patriotisme, mais surtout renforcera le souci de l’opinion publique de s’éduquer et de s’impliquer dans la gestion de la cité, conformément à la volonté du chef de l’État, Son Excellence le président Paul Biya.
Le Protocole de Yaoundé est un appel à l’union sacrée, à une mobilisation générale des intelligences et des énergies. Si nous réussissons à convaincre ne serait-ce qu’une partie de la jeunesse et des élites de se lever et d’agir, alors ce livre aura rempli sa mission. Car nous ne le faisons pas pour nous-mêmes, pour un intérêt personnel, mais pour l’intérêt national, car il en va de notre survie à tous et la seule façon de communiquer dans l’espace et à travers le temps avec tous les Camerounais et Africains soucieux de l’amélioration des conditions de vie de leurs frères et sœurs.
SI LES DIRIGEANTS AFRICAINS, ET PARTICULIÈREMENT CEUX DU CAMEROUN, DEVAIENT RETENIR UN SEUL MESSAGE DE VOTRE OUVRAGE, LEQUEL SERAIT-IL ? ET QUEL EST VOTRE PLUS GRAND RÊVE POUR LE CAMEROUN ET L’AFRIQUE À L’HORIZON DES PROCHAINES DÉCENNIES ?
Déjà, je ne parlerais pas de rêve, car cet ouvrage ne s’inscrit pas dans ce registre-là… Car un rêve est une projection mentale idéalisée, souvent floue et émotionnelle. Cet ouvrage relève plutôt de l’ambition, l’ambition pour notre pays de reprendre sa destinée en main, l’ambition, car cet ouvrage, ce message contient des objectifs et solutions tangibles, mesurables, inscrits dans le réel.
À cet effet, le message unique que je voudrais graver dans l’esprit de chaque dirigeant africain est celui-ci : « Nous avons le choix : subir ou diriger. La neutralité n’est plus une option. »
Nous ne pouvons plus nous permettre d’être des consommateurs passifs des technologies et des financements étrangers. Nous devons devenir des producteurs, des concepteurs, des maîtres de notre propre souveraineté numérique, monétaire et technologique. L’histoire ne nous attendra pas.
Mon plus grand rêve, s’il faille s’inscrire dans le registre émotionnel, pour le Cameroun et l’Afrique est de voir, d’ici 2035, un Cameroun qui a réussi son « saut quantique » : un pays où le budget annuel dépasse 15 000 milliards de FCFA, financé en grande partie par la rente technologique du FSN ; un pays où chaque citoyen a accès aux services financiers ainsi qu’aux services publics via son téléphone et perçoit un dividende de la croissance ; un pays où le fonctionnaire, grâce à GovWealth et au PICT, n’est plus astreint à la corruption de survie et pourra s’enrichir librement et légalement comme tout citoyen en finançant le développement ; un recul drastique de la corruption grâce à la transparence de la blockchain ; un pays qui est devenu un hub mondial de la crypto-finance éthique et un exportateur de solutions de gouvernance numérique.
Mais au-delà du Cameroun, je rêve d’une Afrique qui cesse d’être la variable d’ajustement de l’économie mondiale pour devenir un acteur majeur, un continent qui écrit ses propres règles du jeu. Je rêve que le Protocole de Yaoundé serve de modèle à d’autres nations, que l’Afrique devienne le laboratoire du futur, le continent de l’abondance numérique partagée. Ce rêve n’est pas une utopie. C’est un projet réaliste, chiffré, opérationnel. Il ne tient qu’à notre courage collectif de le réaliser.
Abdoulaye Raman
