URANIUM DU NIGER : LES RESSOURCES MINIÈRES AU SERVICE DES INTÉRÊTS NATIONAUX
Par Boubakari Kouvou
Le Niger poursuit sa politique de reprise en main de ses ressources minières stratégiques. Le gouvernement dirigé par le général Abdourahamane Tiani a franchi une nouvelle étape avec l’adoption, lors du Conseil des ministres du 21 août 2026, de deux projets consacrant l’exploitation de deux importants gisements d’uranium à des sociétés nationales.
Il s’agit du permis d’exploitation du gisement d’In Azaoua, dans la commune et le département d’Arlit, région d’Agadez, désormais attribué à la Teloua Safeguarding Uranium Mining Company (TSUMCO SA). Ce permis était jusque-là détenu par le groupe français Orano, à travers sa filiale Société des mines de l’Aïr (Somaïr).

Le second permis concerne le projet de grande exploitation d’uranium Madaouela I, précédemment détenu par le groupe canadien GoviEx. Il revient désormais à la société nigérienne Madaouela Mining Company (MAMICO).
UNE NOUVELLE ORIENTATION DANS LA GESTION DES RESSOURCES MINIÈRES

À travers ces décisions, les autorités nigériennes entendent renforcer le contrôle national sur les ressources du pays et faire en sorte que leur exploitation bénéficie davantage à l’économie et aux populations locales.
Cette orientation s’inscrit dans la dynamique engagée depuis le 26 juillet 2023, avec la volonté affichée par les autorités de réexaminer les relations avec les partenaires étrangers dans le secteur minier et de diversifier les partenariats dans l’exploitation et la commercialisation des ressources naturelles.
Depuis l’indépendance du Niger en 1960, l’uranium occupe une place stratégique dans l’économie du pays. Pendant plusieurs décennies, son exploitation a été largement associée à des intérêts étrangers, notamment français. Orano, présent dans le secteur depuis 1971, détenait jusqu’à récemment une participation majoritaire dans Somaïr.
Selon les données avancées par les autorités nigériennes, la production d’uranium aurait atteint 80 518 tonnes d’uranium entre 1971 et 2024, dont 86,3 % auraient été commercialisées par Orano.
L’EMPLOI ET LE CONTENU LOCAL AU CŒUR DES AMBITIONS

Au-delà du contrôle des actifs miniers, le gouvernement nigérien veut également faire de cette nouvelle configuration un levier de développement économique et social.
Le projet porté par MAMICO prévoit notamment la création d’environ 1 000 emplois destinés aux jeunes Nigériens, ainsi que la priorité accordée aux fournisseurs nationaux pour les biens et services nécessaires à l’exploitation.
La société prévoit également de soutenir les communautés locales, de contribuer au renforcement des capacités de l’administration minière et de verser à l’État une redevance fixe initiale de 10 millions de dollars.
Ces engagements traduisent une volonté de faire davantage participer les acteurs nationaux à la chaîne de valeur minière, depuis l’exploitation jusqu’aux retombées économiques et sociales.
LA SOUVERAINETÉ MINIÈRE COMME NOUVELLE PRIORITÉ

La reprise des actifs uranifères stratégiques s’inscrit dans une restructuration du secteur minier engagée depuis 2024. Pour les autorités nigériennes, l’objectif est clair : renforcer la maîtrise nationale des ressources naturelles et faire en sorte que leur exploitation réponde prioritairement aux intérêts du pays.
Cette nouvelle politique place ainsi au premier plan quatre principes : contrôle national, participation locale, création d’emplois et souveraineté économique.
Pour Niamey, l’enjeu ne se limite donc pas à changer d’exploitants. Il s’agit de redéfinir les règles du jeu dans le secteur minier afin que les richesses issues du sous-sol nigérien contribuent davantage au financement du développement et à l’amélioration des conditions de vie des populations.
L’uranium demeure une ressource stratégique. Sa gestion constitue désormais, pour les autorités nigériennes, l’un des symboles de la volonté de reprendre en main les ressources naturelles du pays et de faire de leur exploitation un instrument au service des intérêts nationaux.
