CAMEROUN : LA SODECOTON IMPOSE SON PRIX ESCLAVAGISTE AUX AGRICULTEURS.
La SODECOTON, une entreprise présentée par certains producteurs comme un instrument d’asservissement des agriculteurs dans le septentrion camerounais, contribuerait, selon ces derniers, à accentuer la paupérisation des populations.
Entre baisse du prix d’achat, hausse du coût des intrants et endettement, les producteurs de coton sont de plus en plus confrontés à une situation difficile. La promesse d’une amélioration durable de leurs conditions de vie semble, pour beaucoup, s’éloigner, alors même que la filière cotonnière a longtemps été présentée comme l’une des vitrines de l’économie du septentrion camerounais.
Cette année encore, comme elle en a pris l’habitude, le prix d’achat du coton a été revu à la baisse, passant de 285 à 275 FCFA le kilogramme, soit une diminution de 10 FCFA. Une décision qui, selon plusieurs producteurs, suscite de nombreuses interrogations dans les bassins cotonniers du Nord et de l’Extrême-Nord, notamment sur les modalités de fixation du prix et sur la prise en compte de leurs charges de production.
Pour plusieurs producteurs, cette baisse intervient dans un contexte déjà particulièrement difficile, marqué notamment par la hausse du prix des engrais, des herbicides, des pesticides et des autres intrants agricoles. Une équation qui, selon eux, réduit considérablement les revenus tirés de la culture du coton et fragilise davantage les exploitations familiales.

UNE RICHESSE QUI EPUISE LES AGRICULTEURS

Aujourd’hui, certains producteurs estiment que les personnes employées par la SODECOTON bénéficient de conditions plus favorables, tandis que les agriculteurs qui constituent la base de la production restent confrontés à une précarité croissante. Certains producteurs vont jusqu’à affirmer qu’ils ne disposent même plus d’un mètre carré consacré à la culture du coton.
Pendant des années, la SODECOTON a été associée au slogan « Bembal Riskou Ngal Timmata », présenté comme signifiant « richesse inépuisable » en langue française. Pourtant, pour de nombreux producteurs, la culture du coton est aujourd’hui devenue une activité qui permet difficilement de dégager des bénéfices et qui peut même contribuer à leur endettement.
Une situation qui nourrit un sentiment de désillusion chez certains cotonculteurs, qui considèrent que les efforts consentis au cours de la campagne agricole ne sont plus suffisamment compensés par les revenus issus de la vente de leur production.
QUI NEGOCIE LE PRIX DU COTON SUR LE MARCHE MONDIAL ?

À cette interrogation, il demeure difficile d’apporter une réponse claire et précise sans risquer de simplifier un mécanisme qui implique plusieurs acteurs de la filière et dépend également des évolutions du marché international.
Les producteurs pointent toutefois le décalage entre leurs charges de production et le prix auquel leur coton est acheté. Ils déplorent notamment leur faible implication dans les discussions relatives à la fixation du prix et aux conditions de commercialisation.
Selon plusieurs d’entre eux, les décisions seraient prises sans une véritable concertation avec les principaux concernés. Ils dénoncent ainsi un système dans lequel les agriculteurs, souvent éloignés des centres de décision, ont le sentiment de subir des décisions prises dans des bureaux loin de leurs réalités quotidiennes.
Pendant ce temps, dans les villages, les producteurs travaillent dans des conditions particulièrement difficiles, sous la chaleur et avec des charges de production toujours plus importantes. Au terme de la campagne, certains affirment que les revenus tirés de leur récolte ne leur permettent pas de couvrir suffisamment leurs dépenses, les obligeant parfois à puiser dans les revenus issus de leurs cultures vivrières.
IL EST FORMELMEMENT INTERDIT DE VENDRE SON COTON AILLEURS

L’interdiction de vendre le coton à des acheteurs tiers, notamment à des opérateurs transfrontaliers au Nigeria, constitue également un sujet de préoccupation pour certains producteurs. Ces ventes, lorsqu’elles sont effectuées en dehors du circuit prévu par la filière, peuvent être considérées comme de la vente frauduleuse ou de la contrebande.
La SODECOTON fonctionne selon un modèle d’agriculture contractuelle. Elle fournit notamment à crédit et préfinance les semences ainsi que les engrais destinés aux cotonculteurs en début de campagne. En contrepartie, le producteur s’engage à lui livrer sa récolte conformément aux conditions prévues dans le dispositif contractuel. La SODECOTON récupère ensuite le montant correspondant aux intrants avancés au moment du paiement du producteur.
Pour les agriculteurs, ce mécanisme présente toutefois une difficulté majeure : lorsque le prix d’achat du coton baisse alors que les coûts des intrants et les autres charges augmentent, leur marge se réduit considérablement.
Au cœur des critiques figure également le rôle de la Confédération nationale des producteurs de coton du Cameroun (CNPCC). Certains producteurs estiment que leur organisation devrait davantage porter leurs préoccupations auprès des responsables de la filière et défendre leurs intérêts dans les discussions portant sur les prix, le coût des intrants et les conditions de commercialisation.
Pour ces producteurs, l’enjeu ne se limite donc pas au prix du kilogramme de coton. Il concerne plus largement la viabilité économique de leurs exploitations et la capacité de la filière à garantir des revenus suffisamment rémunérateurs à ceux qui en assurent la production.
Par BOUBAKARI KOUVOU
